Amaryllis fanée : 2 mois de cave et elle refleurit pour Noël

Amaryllis fanée : 2 mois de cave et elle refleurit pour Noël

Chaque année en janvier, on me pose la même question : l’amaryllis a fini de fleurir, qu’est-ce que j’en fais ? La plupart des gens la mettent au compost, persuadés qu’elle a donné tout ce qu’elle avait. J’ai gardé le même bulbe pendant sept ans et il m’a refleuri presque tous les hivers, dont cinq fois pile pour les fêtes. Tout tient à deux choses : la nourrir six mois, puis l’endormir deux mois.

Ce qui se passe dans le bulbe quand les fleurs tombent

Une amaryllis, de son vrai nom Hippeastrum, ne fabrique pas ses fleurs au moment où elle les ouvre. La hampe que vous voyez sortir en décembre a été formée l’été précédent, à l’intérieur du bulbe, et elle y a passé l’automne repliée entre les écailles. Quand la dernière fleur se fane, le stock est vide : il n’y a plus rien en réserve pour l’hiver suivant.

C’est pour cette raison que la période qui suit la floraison compte davantage que la floraison elle-même. Pendant six à sept mois, le bulbe reconstitue ses réserves grâce à ses feuilles, grossit de quelques millimètres, et forme une ou deux nouvelles hampes miniatures entre ses écailles. Un bulbe qui ne grossit pas ne refleurit pas : il fait des feuilles, un point c’est tout.

Coupez la hampe, jamais les feuilles

Dès que les dernières fleurs sont molles, coupez la hampe à cinq centimètres au-dessus du bulbe, avec une lame propre. Si vous laissez les fleurs faner sur place, la plante se met en tête de faire des graines et y consacre une énergie considérable, prise directement sur le bulbe. Le tronçon restant est creux, il va sécher et jaunir tout seul en deux ou trois semaines, et vous le retirerez d’une simple traction.

Les feuilles, en revanche, ne se touchent pas. Ce sont elles, et rien d’autre, qui rechargent le bulbe. Une amaryllis en bonne santé porte quatre à six longs rubans verts pendant tout le printemps et tout l’été. Chaque feuille coupée par souci d’esthétique, c’est un peu de fleur en moins l’hiver suivant. C’est de loin l’erreur la plus fréquente, et elle ne se rattrape pas dans l’année.

Six mois de lumière et d’engrais

De février à fin août, traitez votre amaryllis comme une plante verte gourmande. Beaucoup de lumière : une fenêtre plein sud ne lui fait pas peur derrière une vitre, à condition de l’y habituer sur une dizaine de jours pour éviter les brûlures. Arrosez quand les deux premiers centimètres de terreau sont secs, et videz systématiquement la soucoupe un quart d’heure après.

L’engrais fait une vraie différence. Un engrais liquide pour plantes fleuries, riche en potasse, toutes les deux semaines, à la dose indiquée, de mars à fin août. J’ai fait le test un printemps sur deux bulbes de même taille achetés ensemble : celui que j’avais nourri m’a donné deux hampes de quatre fleurs, l’autre une seule hampe de trois fleurs plus petites. Même pot, même fenêtre, même arrosage.

Les vacances dehors, de mi-mai à début septembre

Dès que les nuits ne descendent plus sous 10 °C, ce qui chez moi en Anjou tombe autour du 15 mai, je sors les pots au jardin. Une semaine à l’ombre claire pour l’acclimatation, puis une place ensoleillée le matin et ombragée l’après-midi. L’air libre, les écarts jour-nuit et la vraie lumière font grossir les bulbes bien plus vite que n’importe quel rebord de fenêtre, même très éclairé.

Vous pouvez enterrer le pot jusqu’au col dans une plate-bande : cela évite qu’il ne sèche en trois heures un jour de canicule. Surveillez les limaces, qui adorent les jeunes feuilles tendres et les entaillent en biseau, et méfiez-vous des semaines pluvieuses. Si le terreau reste détrempé plusieurs jours, remontez le pot sur une dalle inclinée ou glissez-le sous un auvent.

Fin août, on coupe l’eau et on laisse jaunir

Vers la fin août, arrêtez l’engrais, puis espacez les arrosages jusqu’à les supprimer complètement au début de septembre. Rentrez le pot au sec. Les feuilles vont jaunir, se coucher et se dessécher en trois à quatre semaines : c’est exactement ce que l’on cherche. Tant qu’une feuille garde du vert, elle renvoie encore des sucres vers le bulbe, donc on n’arrache rien et on attend qu’elles se détachent d’elles-mêmes.

Quand tout est sec, coupez au ras du bulbe. Vous pouvez sortir le bulbe de son pot ou le laisser dedans, les deux fonctionnent. Personnellement je le laisse dans son terreau : ça m’évite d’abîmer les grosses racines charnues, qui restent vivantes pendant le repos, contrairement à celles d’une tulipe ou d’une jonquille qui, elles, meurent chaque année.

Deux mois au noir, entre 13 et 17 °C

Le repos se passe dans un local sombre, sec et frais. Ma cave tient 14 °C en octobre, c’est parfait. Un garage non chauffé, un cellier, le fond d’un placard dans une pièce non chauffée conviennent aussi. Voici ce qu’il faut viser et ce qu’il faut fuir :

  • entre 13 et 17 °C : sous 5 °C le bulbe gèle et devient translucide, au-dessus de 20 °C il redémarre trop tôt
  • l’obscurité complète, ou à défaut une pénombre franche et constante
  • aucun arrosage pendant toute la période, pas même une cuillère à soupe
  • pas de fruits à proximité : pommes et poires dégagent de l’éthylène, qui détruit les boutons floraux en formation
  • huit semaines au minimum, dix c’est plus sûr

Le calendrier pour avoir des fleurs à Noël

Comptez six à huit semaines entre le réveil du bulbe et l’ouverture de la première fleur, selon la variété et la température de la pièce. Pour une floraison autour du 25 décembre, je remets donc mes bulbes en route entre le 25 octobre et le 5 novembre. Si votre salon est frais, disons 18 °C, prenez la fourchette haute et démarrez fin octobre plutôt que début novembre.

Comme deux bulbes ne réagissent jamais exactement pareil, j’en démarre un tous les dix jours. Cela étale la floraison de la mi-décembre à la mi-janvier au lieu de tout concentrer sur la même semaine. Si un bulbe traîne, montez-le de quelques degrés ; s’il file trop vite, descendez-le dans une pièce à 15 °C, le ralentissement est immédiat et très net.

Le réveil, en pratique

Sortez le bulbe de sa cave, grattez les deux ou trois centimètres de terreau de surface et remplacez-les par du frais additionné d’une poignée de compost tamisé. Ne rempotez que si le bulbe touche les parois : l’amaryllis fleurit mieux à l’étroit, et un pot qui dépasse de deux à trois centimètres le diamètre du bulbe suffit largement pour trois ou quatre ans.

Premier arrosage : un demi-verre d’eau tiède versé au bord du pot, puis plus rien pendant huit à dix jours. Placez le pot au chaud et à la lumière, entre 20 et 22 °C. Dès que la pointe verte dépasse de trois centimètres, reprenez des arrosages normaux. Tournez le pot d’un quart de tour tous les deux jours, sinon la hampe part chercher la fenêtre et penche jusqu’à verser.

Ce que la cave ne fait pas

On lit partout que cette dormance est obligatoire. C’est faux, et je préfère le dire franchement : beaucoup d’Hippeastrum vendus aujourd’hui refleurissent sans repos sec, simplement en continuant à les cultiver en plante verte bien nourrie et bien éclairée toute l’année. Ils fleurissent alors quand ça leur chante, souvent en février ou en mars, parfois deux fois dans l’année.

Le passage à la cave n’est donc pas un soin indispensable, c’est un minuteur. Il sert à décider de la date de floraison, et accessoirement à regrouper les fleurs sur une belle hampe bien nourrie plutôt que sur deux hampes maigres étalées. Si vous n’avez aucun local frais, ne jetez pas le bulbe pour autant : gardez-le en végétation et acceptez simplement de ne pas commander le calendrier.

Les ratés que je vois le plus souvent

Le raté numéro un : des feuilles magnifiques et pas la moindre fleur. Presque toujours un manque d’engrais l’été précédent, ou un bulbe acheté trop petit. En dessous de 26 centimètres de circonférence, un Hippeastrum donne rarement plus d’une hampe, et souvent aucune la deuxième année. Mesurez le tour du bulbe avec un mètre de couturière avant d’accuser votre cave ou votre terreau.

Le deuxième : un bulbe mou à la base au sortir du repos. C’est une pourriture, et elle vient presque toujours d’un arrosage donné en cours d’hivernage pour ne pas qu’il sèche. Un bulbe au repos ne boit pas, il vit sur ses réserves. Le troisième : des stries rouges sur le col et la hampe, signe d’un champignon. Retirez les écailles atteintes et cultivez plus aéré, sans jamais mouiller le col.

Une réserve avant de refermer le carnet

Tout l’Hippeastrum est toxique, le bulbe en premier : il contient de la lycorine, qui provoque vomissements et malaises. On ne le consomme jamais, sous aucune forme, et on évite surtout de le ranger dans un cellier au milieu des oignons et des échalotes, où la confusion arrive plus souvent qu’on ne l’imagine. Tenez-le hors de portée des enfants et des chats, qui mordillent volontiers les feuilles en ruban.

Lavez-vous les mains après avoir manipulé un bulbe entamé ou coupé une hampe pleine de sève : elle est irritante pour les peaux sensibles et laisse une odeur tenace. Ce sont les seules précautions à prendre avec cette plante, et elles ne coûtent rien d’autre qu’un passage sous le robinet.

Le conseil de Sophie. Notez au crayon sur le bord du pot la date où vous descendez le bulbe à la cave : sans elle, vous vous tromperez d’un mois au réveil et vos fleurs arriveront pour la galette au lieu du réveillon.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

Une question, un retour du jardin ?

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.