Chaque automne, je vois passer la même question : ma verveine citronnelle a perdu toutes ses feuilles, est-ce qu’elle est morte. Et chaque printemps, la même déception : elle n’est pas repartie. Entre les deux, il y a un hivernage qui s’est mal passé, et presque toujours pour l’une des trois mêmes raisons. Voici comment j’ai fini par faire passer la mienne d’une année sur l’autre.
Ce qu’elle supporte vraiment comme froid
Aloysia citrodora est une plante de climat doux. En pleine terre, dans un sol bien drainé et paillé, la souche d’un sujet installé tient généralement jusqu’à moins cinq degrés, parfois jusqu’à moins huit dans le Midi, en repartant du pied au printemps même si toute la partie aérienne a gelé.
En pot, la donne est complètement différente et c’est ce que les jardiniers sous-estiment. La motte n’est plus isolée par la masse du sol : elle gèle à cœur, racines comprises. Deux ou trois degrés sous zéro pendant une nuit entière peuvent suffire à tuer un sujet en conteneur de vingt litres, alors que le même plant en pleine terre s’en sortirait.
Ce n’est pas exactement une nuit de gel qui la tue
Le raccourci qu’on entend souvent mérite d’être corrigé. Une verveine ne meurt pas parce qu’elle a vu moins un degré une fois. Elle meurt de la combinaison entre une motte gelée et un substrat gorgé d’eau, où les racines éclatent puis pourrissent dès le redoux. Le froid seul, sur une motte sèche et drainée, est bien plus supportable.
C’est pour cela qu’un pot laissé sous la pluie tout l’automne, sans soucoupe vidée et sans abri, est la pire configuration possible. Deux plantes identiques, l’une trempée l’autre juste humide, ne passent pas le même hiver. Traiter la question de l’eau est aussi important que celle de la température.
Le bon moment pour la rentrer
Je ne me fie pas au calendrier mais aux prévisions de température nocturne. Dès que les nuits passent durablement sous cinq degrés, je rentre le pot. En Anjou, cela tombe généralement entre la mi-octobre et la mi-novembre selon les années. Attendre la première vraie gelée annoncée, c’est jouer avec un décalage de prévision de deux degrés.
Rentrer trop tôt n’est pas anodin non plus. Une verveine placée au chaud en septembre continue de végéter mollement, s’étiole en cherchant la lumière et arrive au printemps épuisée. L’idéal est de la laisser dehors le plus longtemps possible pour qu’elle amorce sa dormance naturellement, puis de la mettre à l’abri juste avant le premier gel.
Un local frais, et la lumière ne compte presque pas
Voilà le point le plus contre-intuitif. La verveine citronnelle est caduque : elle perd volontairement toutes ses feuilles à l’entrée de l’hiver et entre en repos complet. Sans feuilles, elle ne photosynthétise pas. Un garage sombre, une cave, un cellier lui conviennent donc parfaitement pendant la dormance.
Ce qu’il lui faut, c’est du hors-gel frais : entre trois et dix degrés est la fourchette idéale. Un salon chauffé à vingt degrés est un mauvais choix, parce que la plante ne dort jamais vraiment, épuise ses réserves et sort du printemps affaiblie. Dès qu’elle redémarre, en mars, il faut en revanche lui donner de la lumière rapidement.
L’arrosage d’hiver, l’erreur numéro un
Une plante en dormance ne consomme presque rien. Continuer à arroser au rythme de l’été revient à laisser les racines dans l’eau froide pendant quatre mois, et c’est de très loin la cause de mortalité la plus fréquente. Le jardinier a l’impression de bien faire, et il noie sa plante.
Ma règle est simple : un demi-verre à un verre d’eau par mois, juste pour éviter que la motte ne se dessèche totalement et que les racines fines ne meurent de soif. Je vérifie en enfonçant un doigt : si c’est encore frais à cinq centimètres, je ne fais rien. Aucune soucoupe sous le pot pendant tout l’hiver.
Ne pas tailler en automne, mais en mars
La tentation est grande de rabattre une plante devenue un paquet de branches nues pour gagner de la place. C’est une erreur : les tiges intactes protègent les bourgeons de la base, et une taille automnale ouvre des plaies qui cicatrisent mal par temps froid et humide. Je me contente de retirer les feuilles mortes tombées sur le substrat, qui entretiennent moisissures et humidité.
La vraie taille attend le redémarrage, quand on voit quel bois est vivant. Dès que les premiers bourgeons gonflent, courant mars, je rabats les tiges à vingt ou trente centimètres du pied, en coupant juste au-dessus d’un bourgeon visible et bien orienté. C’est aussi le moment de surfacer avec du terreau frais et un engrais organique léger, ou de rempoter si la plante est à l’étroit. Cela paraît sévère, mais c’est ce qui produit une plante ramifiée plutôt qu’un balai de tiges nues.
Elle repart tard, ne la jetez pas en avril
Chaque printemps, des verveines parfaitement vivantes finissent au compost parce que leur propriétaire les a crues mortes. Cette plante est réputée pour redémarrer tardivement : mi-avril dans les cas favorables, souvent début mai, parfois seulement fin mai après un hiver rude. Le romarin voisin a déjà fleuri qu’elle est encore un fagot de bois sec.
Avant toute décision, faites le test du grattage. Avec l’ongle ou la pointe d’un couteau, grattez légèrement l’écorce d’une tige basse. Si la couche sous l’écorce est verte et humide, la plante est vivante et il faut attendre. Si elle est brune et sèche, remontez vers le pied et refaites le test plus bas : la base est souvent encore vivante alors que le sommet est mort.
Sortir progressivement, sans brûler le feuillage neuf
Une verveine qui a passé cinq mois dans un garage sombre a un feuillage neuf, tendre et pâle, incapable d’encaisser d’un coup huit heures de soleil direct. Sortie brutalement, elle grille en deux jours. Voici la progression que je suis chaque année.
- Vers la mi-avril, je sors le pot quelques heures par jour, à l’ombre claire, et je le rentre le soir.
- Au bout d’une semaine, je le laisse dehors la journée entière, toujours à l’ombre, en le rentrant si une nuit froide est annoncée.
- Ensuite seulement je l’expose au soleil du matin, puis progressivement à la pleine exposition.
- Je ne l’installe à sa place d’été qu’après les saints de glace, autour du 11 au 13 mai.
Prendre une assurance en août
Le plus sûr moyen de ne jamais perdre une verveine citronnelle est d’en avoir deux. Le bouturage est facile et il coûte dix minutes. En août ou début septembre, je prélève des extrémités de tiges semi-aoûtées, celles qui sont encore souples mais commencent à durcir à la base, d’une dizaine de centimètres.
Je supprime les feuilles du bas, je ne garde que deux ou trois feuilles au sommet que je réduis de moitié pour limiter l’évaporation, et je plante dans un mélange de terreau et de sable maintenu juste humide, sous sac plastique, à la lumière mais sans soleil direct. L’enracinement prend trois à quatre semaines et ces jeunes plants hivernent très facilement en intérieur frais.
Le conseil de Sophie. Si votre verveine est encore un fagot sec le 1er mai, ne la jetez pas : grattez l’écorce à trois centimètres du sol, et tant que vous trouvez du vert dessous, contentez-vous d’attendre encore trois semaines.

