Verveine citronnelle en pot : les feuilles pour la tisane du soir

Verveine citronnelle en pot : les feuilles pour la tisane du soir

La verveine citronnelle est la seule plante de ma terrasse que je vais toucher exprès en passant, juste pour l’odeur qui reste sur les doigts. En pot, elle demande peu de choses, mais elle en demande quelques-unes précises, faute de quoi elle boude et perd ses feuilles au premier coup dur. Voici comment je conduis la mienne pour avoir de quoi remplir un bocal de tisane chaque automne.

Savoir de quelle verveine on parle

La verveine citronnelle, ou verveine odorante, est Aloysia citrodora, anciennement Lippia citriodora. C’est un arbuste caduc originaire d’Amérique du Sud, de la famille des Verbénacées, aux feuilles allongées et rugueuses disposées par trois autour de la tige. C’est elle qui donne l’arôme citronné puissant que l’on cherche pour l’infusion.

Trois plantes portent des noms voisins et n’ont rien à voir. La verveine officinale, Verbena officinalis, est une petite vivace sans parfum citronné et au goût franchement amer. La citronnelle de cuisine asiatique est une graminée du genre Cymbopogon. La mélisse, Melissa officinalis, est une Lamiacée au citron plus doux et plus herbacé. Vérifiez le nom latin sur l’étiquette.

Le pot : profond, drainé, et pas immense d’emblée

Un contenant de trente à quarante centimètres de diamètre, soit vingt à vingt-cinq litres, suffit pour un beau sujet conduit à un mètre ou un mètre vingt. Le trou de drainage doit être large, complété par trois à quatre centimètres de billes d’argile ou de graviers au fond. La verveine tolère la sécheresse ponctuelle bien mieux que l’eau stagnante.

Je conseille de ne pas surdimensionner tout de suite. Dans un très grand volume, la motte reste humide longtemps entre deux arrosages et les racines d’un jeune plant tournent au lieu de coloniser. Je passe plutôt d’un pot de vingt centimètres à un pot de trente-cinq au bout de deux saisons, ce qui donne une plante plus dense et mieux enracinée.

Un substrat plutôt maigre

Je mélange environ deux tiers de terreau de qualité et un tiers de sable grossier ou de pouzzolane. Pas de compost frais, pas d’engrais riche en azote. Un substrat trop nourrissant fabrique des tiges longues, molles, espacées, avec de grandes feuilles pâles dont le parfum est très nettement dilué.

La verveine se contente de peu si elle a du soleil. Un apport léger d’engrais organique équilibré en avril, puis un second en juin si la plante est vigoureuse, couvrent l’année. Au-delà, on gagne du volume et on perd du parfum, ce qui est exactement l’inverse du but recherché.

Du soleil, beaucoup de soleil

C’est un point non négociable. La verveine citronnelle veut six à huit heures de soleil direct par jour. À mi-ombre, elle survit mais s’étire, les entre-nœuds s’allongent, la ramification devient pauvre et la teneur en citral chute. Sur un balcon nord, elle ne donnera jamais grand-chose.

Elle apprécie aussi la chaleur réverbérée d’un mur clair, à condition d’être un peu abritée du vent qui dessèche ses feuilles fines. Chez moi, le meilleur emplacement s’est révélé être l’angle sud-est de la terrasse, contre le mur de la maison, où elle prend le soleil du matin jusqu’au milieu de l’après-midi.

Arroser sans excès, et lire les feuilles

En pleine saison, sur une terrasse exposée, j’arrose deux à trois fois par semaine, abondamment, jusqu’à ce que l’eau ressorte par le fond, puis je laisse sécher les trois premiers centimètres avant de recommencer. Une soucoupe qui reste pleine provoque un pourrissement racinaire quasi certain en quelques semaines.

La verveine parle assez clairement. Des feuilles qui pendent mollement en fin d’après-midi de canicule et se redressent le soir sont normales. Des feuilles jaunes qui tombent par le bas signalent presque toujours un excès d’eau, plus rarement un manque brutal. Une chute générale des feuilles en octobre n’est pas une alerte : elle est caduque, c’est son rythme.

Pincer tôt pour obtenir une plante fournie

Un jeune plant laissé libre fabrique une ou deux longues tiges nues avec des feuilles seulement au sommet. Dès que la plante atteint vingt-cinq ou trente centimètres, je pince les extrémités au-dessus d’une paire de feuilles. Chaque pincement déclenche deux nouvelles ramifications, donc deux fois plus de feuilles à récolter.

Je répète l’opération trois ou quatre fois entre mai et juillet. En fin de saison, la différence entre un pied pincé et un pied laissé libre est spectaculaire : sur le même volume, j’obtiens facilement le double de récolte. Les extrémités pincées ne se jettent pas, elles partent directement dans l’infusion du soir.

Récolter au bon moment

La concentration en citral, le composé qui donne cette odeur de citron franc, culmine juste avant l’ouverture des petites fleurs blanches ou mauve pâle, généralement en juin ou juillet selon les années. C’est là que je fais ma grosse récolte, en rabattant les tiges d’un tiers environ. La plante repart ensuite pour une seconde pousse.

Je coupe le matin, une fois la rosée évaporée mais avant que le soleil ne chauffe le feuillage, entre huit et dix heures. Le reste de la saison, je prélève au coup par coup ce dont j’ai besoin, en prenant toujours des tiges entières plutôt que des feuilles isolées, ce qui stimule la ramification au lieu de dégarnir la plante.

Sécher sans perdre l’arôme

Le séchage est l’étape où l’on gâche le plus de récolte. La chaleur excessive et la lumière détruisent les composés volatils. Je procède toujours de la même façon, et le résultat est constant d’une année sur l’autre.

  • J’étale les tiges en une seule couche sur une claie ou un cageot tapissé de papier, jamais en tas.
  • Je place le tout dans une pièce sombre, sèche et ventilée, entre vingt et vingt-cinq degrés, en retournant une fois par jour.
  • Je considère le séchage terminé quand une feuille casse net entre les doigts, en général au bout de quatre à sept jours.
  • Je détache les feuilles des tiges et je les garde entières, sans jamais les émietter, dans un bocal en verre opaque et daté au marqueur, où elles tiennent une douzaine de mois.

Préparer l’infusion du soir

Je compte quatre à cinq feuilles fraîches, ou une cuillère à café rase de feuilles sèches, soit environ deux grammes, pour une tasse de deux cents millilitres. J’utilise une eau chaude mais non bouillante, autour de quatre-vingt-dix à quatre-vingt-quinze degrés, pour ne pas cuire les arômes.

Le détail qui change tout, c’est le couvercle. J’infuse cinq à sept minutes en couvrant la tasse ou la théière : sans couvercle, une bonne partie des composés aromatiques s’échappe avec la vapeur. Une précision utile : je parle ici de plaisir gustatif, pas de vertus thérapeutiques. En cas de grossesse, de traitement en cours ou de doute, demandez l’avis d’un professionnel de santé avant de consommer régulièrement une plante.

Le conseil de Sophie. Pincez votre jeune verveine trois fois entre mai et juillet, même quand cela vous fait mal au cœur de couper : c’est le seul geste qui transforme une tige maigre en arbuste, et il double la récolte de septembre.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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