Au mois d’août, j’ai voulu glisser deux pieds de bidens dans la grande jardinière du balcon. La truelle a rebondi sur le terreau comme sur du carrelage. C’était pourtant un sac ouvert en avril, arrosé tous les deux jours. Ce durcissement n’a rien d’une fatalité, et le remède tient dans une vieille fourchette de cuisine.
Pourquoi un terreau neuf finit en brique
Un terreau du commerce est un assemblage léger de tourbe, de fibre de bois et parfois d’écorce compostée. Ces matières se décomposent, et en se décomposant elles perdent du volume et se serrent les unes contre les autres. En six mois, un pot perd facilement 2 à 4 centimètres de hauteur de substrat.
L’arrosage accélère tout. Chaque goutte qui tombe de haut agit comme un petit marteau sur la surface : les particules fines se détachent, migrent vers le bas et bouchent les pores. C’est le phénomène de battance, exactement ce qui se passe dans un champ nu après un orage. Ajoutez le soleil qui cuit les deux premiers centimètres, et vous obtenez un couvercle.
L’eau qui ressort aussitôt n’a rien arrosé
Le symptôme qui trompe tout le monde : vous arrosez, l’eau sort par le trou en quinze secondes, vous en concluez que le pot est plein. En réalité elle a emprunté le chemin le plus court, la fente entre la motte rétractée et la paroi. Le cœur de la motte, lui, est resté parfaitement sec.
Vérifiez-le, c’est instructif. Enfoncez une baguette en bois jusqu’à mi-hauteur, laissez-la trente secondes, ressortez-la. Si elle sort claire et sèche alors que vous venez de verser trois litres, l’eau n’est jamais passée par le milieu. Je l’ai constaté sur mes jardinières de balcon deux étés de suite avant de comprendre.
Le binage à la fourchette, geste par geste
La fourchette de table est l’outil idéal : quatre dents fines et courtes, qui écartent la matière au lieu de la trancher. J’utilise une fourchette à dessert pour les pots de 15 centimètres et une grande fourchette à salade en bois pour les bacs. Voici comment je procède, toujours dans cet ordre.
- piquer bien verticalement sur 2 à 3 centimètres, jamais plus dans un pot de moins de 25 centimètres
- soulever d’un quart de tour au lieu de racler, pour fissurer la croûte sans la réduire en poussière
- faire le tour du pot en laissant 3 à 4 centimètres dégagés autour de chaque tige
- terminer par un arrosage lent, en deux passages espacés de dix minutes
Jusqu’où descendre sans blesser les racines
C’est la question qui fâche. Dans un pot, les racines occupent presque tout le volume disponible, couche superficielle comprise, bien davantage qu’en pleine terre où elles peuvent fuir vers le bas. Une fourchette enfoncée de six ou sept centimètres dans un pot de vingt tranche des radicelles nourricières qui mettront trois semaines à repousser.
Ma règle : 2 à 3 centimètres dans un pot courant, 4 à 5 dans un bac de plus de 40 centimètres de large, et uniquement au milieu des zones vides. Dès que je sens une résistance élastique et blanche, je m’arrête. Sur un rosier ou un arbuste installé, je me contente de gratter la surface du bout des dents.
Réhydrater une motte devenue hydrophobe
Quand la tourbe sèche complètement, elle devient franchement repoussante à l’eau : ses fibres se couvrent de composés cireux et les gouttes perlent dessus sans pénétrer. Aucun binage ne rattrape cela tout seul, parce que le problème n’est plus mécanique mais physique. Il faut réimbiber par le bas, lentement.
Je pose le pot dans une bassine contenant 5 à 10 centimètres d’eau tiède et je le laisse tremper vingt à trente minutes, jusqu’à ce que la surface fonce d’elle-même. Pour une jardinière fixée au garde-corps, j’arrose en cinq petits passages de vingt centilitres espacés de cinq minutes. C’est fastidieux, mais rien d’autre ne marche.
Le paillage change tout entre deux binages
Une surface nue se recroûte en trois arrosages. Une surface paillée reste souple pendant des mois, parce que la pluie et l’arrosoir ne frappent plus directement les particules fines. C’est le geste qui m’a fait diviser par trois le nombre de binages sur le balcon, et par deux la consommation d’eau en juillet.
- 1 à 2 centimètres de paillette de lin ou de chanvre sur les potées fleuries, léger et propre
- de la pouzzolane ou du petit gravier sur les plantes qui craignent l’humidité au collet
- des feuilles mortes émiettées dans les grands bacs, gratuites et parfaitement efficaces
- dans tous les cas, laissez deux centimètres de dégagement autour des tiges
Le gravier au fond du pot ne draine rien
On me l’a répété pendant vingt ans, je l’ai fait pendant vingt ans, et c’est faux. Une couche de billes d’argile au fond n’accélère pas l’évacuation : elle crée une rupture de texture. L’eau ne quitte le terreau pour descendre dans le gravier que lorsque la couche du dessus est déjà saturée.
Résultat, dans un pot de 25 centimètres avec 5 centimètres de billes, vous perdez un cinquième du volume utile et vous gagnez une zone détrempée juste au-dessus des racines. Ce qu’il faut, c’est un substrat homogène sur toute la hauteur et un vrai trou d’évacuation. Une soucoupe vidée vingt minutes après l’arrosage fait bien mieux.
Refaire les trois premiers centimètres chaque printemps
Le surfaçage consiste à retirer 3 à 5 centimètres de vieux terreau en surface, à la fourchette justement, et à les remplacer par du terreau neuf mélangé à une poignée de compost mûr. Sur les sujets qu’on ne peut plus rempoter, grand agrume, olivier, vivace bien installée, c’est ce qui tient lieu de rempotage.
Je le fais fin mars, avant le départ de végétation. Comptez environ un litre de mélange pour un pot de 30 centimètres de diamètre. C’est aussi le moment où j’incorpore l’engrais à libération lente de la saison : mélangé aux trois centimètres neufs, il descend ensuite tout seul à chaque arrosage.
L’eau calcaire et la croûte blanche
Si votre surface est blanchâtre, craquelée et dure comme du plâtre, le tassement n’explique pas tout : vous avez aussi un dépôt de calcaire et de sels d’engrais. En Anjou l’eau reste assez douce, mais avec une eau à 30 degrés français, une seule saison suffit à cimenter la surface d’une jardinière.
Le binage casse la croûte, mais il faut également lessiver. Deux ou trois fois par an, arrosez avec un très gros volume, environ le double du volume du pot, en laissant tout ressortir par le trou : les sels partent avec. Et récupérez l’eau de pluie dès que vous le pouvez, vingt litres couvrent une semaine d’été.
Quand le binage ne suffit plus
Il arrive un moment où l’on s’acharne pour rien. Si la motte sort du pot d’un seul bloc, entièrement grise, avec un feutrage de racines qui tourne en spirale contre la paroi, le substrat est fini. Il n’a plus de porosité ni de matière organique fraîche, et la plante y survit plutôt qu’elle n’y pousse.
Là, il faut rempoter : dépoter, griffer la surface de la motte, couper les racines qui tournent, et repartir dans un contenant de 3 à 5 centimètres plus large avec un mélange de terreau, de compost et de sable grossier. Je le fais tous les ans sur les aromatiques, tous les deux à trois ans sur les vivaces de balcon.
Le conseil de Sophie. Gardez une vieille fourchette plantée manche en l’air dans un pot du balcon. Vous binerez en passant, trente secondes avant d’arroser, au lieu d’y penser trois semaines trop tard.

