Un terrarium fermé bien monté demande un arrosage tous les six mois, parfois moins. Le mien, un bocal à conserves de trois litres installé sur le buffet, n’a pas été ouvert depuis neuf mois et se porte mieux que la moitié de mes plantes en pot. Le principe est simple, mais il tient à quelques détails qui font la différence entre un écosystème stable et une soupe moisie au bout de six semaines.
Le cycle de l’eau en vase clos
Dans un bocal fermé, l’eau ne part nulle part. Elle s’évapore du substrat, transpire par les feuilles, se condense sur les parois froides et redescend dans la terre. C’est le même cycle qu’à l’extérieur, en miniature et en boucle fermée, et c’est ce qui rend l’arrosage inutile pendant des mois.
Ce système ne fonctionne que si la quantité d’eau de départ est juste. Trop peu, les plantes se dessèchent lentement sans que vous puissiez le corriger sans ouvrir. Trop, l’eau stagne au fond, les racines suffoquent, et les moisissures prennent le dessus. Le réglage se fait au montage, presque pas après.
Choisir le contenant
N’importe quel récipient en verre transparent muni d’un couvercle hermétique ou semi-hermétique convient : bocal à joint de caoutchouc, dame-jeanne, bonbonne, ancien aquarium avec une plaque de verre posée dessus. Le verre teinté ou dépoli est à éviter, il coupe trop de lumière. Une ouverture large simplifie énormément la vie au montage.
Comptez au minimum trois litres. En dessous, la masse de substrat est si faible que le milieu se déséquilibre à la moindre variation de température, et vous ne pouvez plus intervenir avec la main. Le volume idéal pour débuter se situe entre cinq et dix litres, avec un col d’au moins douze centimètres.
Les couches, du fond vers le haut
L’empilement classique se monte en trois ou quatre étages, chacun avec une fonction précise :
- Deux à trois centimètres de billes d’argile ou de gravier, pour que l’eau excédentaire descende hors de portée des racines.
- Un voile de séparation : une chute de moustiquaire ou de géotextile, qui empêche la terre de combler le drainage.
- Une fine poignée de charbon horticole, un demi-centimètre suffit, qui limite les odeurs de vase.
- Cinq à huit centimètres de substrat, un terreau pour semis allégé d’un tiers de perlite ou de sable grossier.
Une précision sur le charbon : il est très souvent présenté comme un filtre miracle qui empêcherait les moisissures. C’est faux. Il adsorbe des composés volatils et améliore l’odeur si vous ouvrez le bocal, rien de plus. Un terrarium sans charbon fonctionne parfaitement, tandis qu’un terrarium noyé moisit avec ou sans lui.
La terre de jardin, fausse bonne idée
J’ai essayé, et j’ai passé l’hiver suivant à regarder des moucherons éclore derrière la vitre. La terre prise dehors contient des œufs d’insectes, des spores de champignons et des graines d’adventices qui, à vingt degrés et cent pour cent d’humidité, se réveillent tous en même temps. En vase clos, vous n’avez aucun moyen de rattraper cela.
Prenez un terreau du commerce, de préférence un terreau de semis, qui est plus pauvre et donc moins propice aux emballements. Si vous tenez vraiment à utiliser votre terre, il faut la passer trente minutes au four à cent degrés, ce qui sent horriblement mauvais dans la maison et détruit aussi la vie utile. Le jeu n’en vaut pas la chandelle.
Les plantes qui supportent l’humidité permanente
Il faut des espèces de sous-bois tropical, qui vivent naturellement dans un air saturé et une lumière filtrée. Le fittonia est la vedette du genre : nervures roses ou blanches, croissance lente, et il boude ostensiblement dès qu’il manque d’eau, ce qui en fait un excellent indicateur. Le pilea, le selaginella, le ficus pumila et l’hypoestes se comportent tous très bien.
Les mousses ramassées sur un muret complètent l’ensemble et donnent immédiatement l’aspect sous-bois. En revanche, oubliez définitivement les succulentes, les cactus et les plantes à feuilles duveteuses type saintpaulia : dans un bocal fermé, ils pourrissent en un mois. Les compositions vendues en boutique qui mélangent cactus et couvercle hermétique sont vouées à l’échec, quoi qu’en dise l’étiquette.
Monter la composition
Travaillez avec des outils longs si le col est étroit : une cuillère à soupe scotchée sur un tuteur, une pince à épiler de couture, un bouchon de liège au bout d’une baguette pour tasser. Creusez le trou avant de descendre la plante, sinon vous étalez de la terre sur tout le verre et le nettoyage devient un supplice.
Espacez les plantes davantage que ce que votre œil réclame. Dans un bocal, tout pousse plus vite qu’on ne le croit, et une composition serrée devient un enchevêtrement illisible en quatre mois. Trois à cinq plantes suffisent pour un bocal de cinq litres, avec de la mousse pour combler les vides.
Le premier arrosage, celui qui compte
C’est la seule fois où vous doserez vraiment. Le substrat doit être humide comme une éponge essorée, jamais détrempé. Pour un bocal de cinq litres, cela représente environ cent cinquante millilitres d’eau, versés au pulvérisateur en plusieurs passes plutôt qu’en une fois, avec une pause de dix minutes pour laisser la terre absorber.
Utilisez de l’eau de pluie ou de l’eau filtrée si votre eau est calcaire, sinon des traces blanches finissent par voiler le verre de l’intérieur et vous ne pourrez plus les nettoyer sans tout démonter. Fermez ensuite le couvercle et observez : au bout de deux jours, vous devez voir de la buée le matin qui se dissipe partiellement dans la journée.
Où le poser, et à quelle température
Une lumière indirecte et constante, à un ou deux mètres d’une fenêtre orientée est ou nord. Le soleil direct est l’ennemi absolu : derrière le verre, la température intérieure grimpe très vite, j’ai mesuré plus de quarante degrés en avril sur un rebord plein sud, et les feuilles cuisent littéralement en une après-midi.
Une pièce entre dix-huit et vingt-quatre degrés convient. Évitez le dessus d’un radiateur, le rebord de la cheminée et les courants d’air froids d’une entrée en hiver. Un quart de tour tous les quinze jours évite que toutes les plantes ne se penchent du même côté.
L’entretien, très léger
Ouvrez le bocal dix minutes une fois par mois environ pour renouveler l’air et vérifier l’état des feuilles. Profitez-en pour retirer avec une pince tout ce qui est jaune, brun ou mou : une feuille morte laissée sur place devient le point de départ d’une moisissure. Essuyez la condensation excessive avec un carré d’essuie-tout au bout d’une baguette.
N’apportez aucun engrais. On cherche ici la croissance la plus lente possible, et nourrir revient à faire pousser vos plantes jusqu’au couvercle en un an. Quand une tige devient envahissante, taillez-la court : la plupart des espèces de terrarium repartent sans difficulté depuis un vieux bois.
Le conseil de Sophie. Notez la date du montage sur une petite étiquette collée sous le bocal ; le jour où vous vous demanderez si votre terrarium a soif, savoir qu’il tient depuis huit mois vaut tous les conseils du monde.

