Surfinias : l'arrosage tous les jours en canicule, sinon c'est fini

Surfinias : l’arrosage tous les jours en canicule, sinon c’est fini

Les surfinias sont les plantes de balcon les plus généreuses que je connaisse, et aussi les plus impitoyables. Une seule journée d’oubli à trente-cinq degrés, et vous retrouvez le soir une cascade de tiges pendantes, molles, avec des fleurs qui ne se rouvriront jamais. Ce n’est pas une question de fragilité, c’est une question de volume d’eau, et le calcul est vite fait.

Pourquoi un surfinia boit autant

Un pétunia retombant adulte développe entre soixante centimètres et un mètre de tiges dans toutes les directions, avec plusieurs centaines de feuilles. Chacune de ces feuilles transpire en continu dès qu’il fait chaud. La surface d’évaporation d’une seule suspension bien fournie dépasse largement celle d’un pied de tomate, alors qu’elle dispose d’un volume de terre dix fois inférieur.

Ajoutez la position typique : suspendue en l’air, exposée sur toutes ses faces, souvent en plein soleil, et ventilée par le moindre courant d’air. Un pot posé au sol bénéficie de la fraîcheur du sol et d’une ombre partielle ; un panier suspendu ne bénéficie de rien. Les parois chauffent, la motte monte en température, et l’évaporation s’accélère encore.

Ce que perd une suspension en une journée de canicule

Un panier de vingt-cinq centimètres de diamètre contient environ cinq litres de terreau, soit une réserve d’eau réellement disponible de l’ordre d’un litre et demi à deux litres. Par une journée à trente-cinq degrés, plein soleil, avec un peu de vent, une suspension bien garnie consomme facilement cette réserve entière entre le matin et le soir.

Autrement dit, vous n’avez aucune marge. Un arrosage la veille au soir ne tiendra pas le lendemain après-midi. Et si la potée est équipée d’un cache-pot ou d’un panier à réserve dont le réservoir est vide depuis deux jours, vous partez déjà d’une motte à moitié sèche le matin. C’est ce cumul qui provoque les effondrements brutaux qu’on découvre en rentrant du travail.

Le bon geste du matin

J’arrose entre six et huit heures, avant que le soleil ne touche les paniers. Je verse lentement, en plusieurs passages, jusqu’à voir l’eau s’écouler franchement par le fond. Un litre d’un coup sur une motte sèche traverse par les côtés sans rien mouiller ; le même litre versé en trois fois à deux minutes d’intervalle pénètre réellement.

L’eau doit atteindre le cœur de la motte, pas seulement la couronne du dessus. C’est pour cela que je préfère un arrosoir à bec long, dirigé sous le feuillage, plutôt qu’un jet en pluie sur les fleurs. Mouiller les fleurs en plein été les fait coller entre elles et favorise les taches brunes, sans apporter la moindre goutte aux racines.

Faut-il arroser deux fois par jour

Au-dessus de trente-deux ou trente-trois degrés, oui, pour les paniers de vingt-cinq centimètres ou moins. Le second passage se fait en fin de journée, une fois que le soleil a quitté la façade, généralement après dix-neuf heures. Il ne s’agit pas de redonner autant que le matin : la moitié suffit, l’objectif étant de repasser la nuit avec une motte fraîche.

Pour les grands paniers de trente-cinq ou quarante centimètres, un seul arrosage matinal copieux passe souvent la journée. Le meilleur juge reste le poids : soulevez légèrement la suspension en fin de matinée. Une motte correctement humide est nettement lourde ; une motte sèche est étonnamment légère, et vous sentirez la différence dès la deuxième fois que vous ferez le geste.

Reconnaître une motte devenue hydrophobe

Quand un terreau à base de tourbe sèche complètement, il devient répulsif à l’eau. Le signe caractéristique, c’est l’eau qui traverse en trois secondes et ressort immédiatement par le fond, alors que la motte reste poussiéreuse au cœur. On croit avoir arrosé, la plante fane quand même, et on recommence en s’énervant.

Un autre indice : la terre se rétracte et un espace d’un demi-centimètre apparaît entre la motte et la paroi du pot. Toute l’eau versée s’engouffre dans cet interstice et file directement au fond, sans jamais mouiller le centre. Tant que ce contact n’est pas rétabli, aucun arrosage classique ne servira à quoi que ce soit.

Le bain de vingt minutes qui sauve une suspension

La seule méthode fiable dans ce cas, c’est l’immersion. Je remplis une bassine ou l’évier de dix centimètres d’eau à température ambiante, j’y dépose la potée, et je la laisse tremper vingt à trente minutes. Vous verrez des bulles remonter tant que la motte n’est pas saturée ; quand elles cessent, c’est terminé.

Je sors ensuite le pot, je le laisse égoutter complètement une demi-heure avant de le raccrocher, et je le place à l’ombre légère pour la journée. Une plante déshydratée remise immédiatement en plein soleil grille ses feuilles même avec les racines mouillées. La reprise de turgescence est en général visible en deux à quatre heures, et les tiges se relèvent le lendemain matin.

Déplacer les paniers pendant l’épisode

Pendant une vraie canicule, je décroche mes suspensions les plus exposées et je les pose au sol, contre le mur nord ou sous une table de balcon. On perd trois jours d’effet décoratif, on gagne des plantes vivantes. La différence de température de la motte entre un panier suspendu en plein soleil et le même panier posé à l’ombre atteint facilement dix degrés.

Si vous ne pouvez pas les déplacer, un voile d’ombrage tendu au-dessus pendant les heures les plus chaudes, entre douze et dix-sept heures, fait déjà une grande différence. Vous pouvez aussi glisser un second pot autour du premier : cette double paroi limite considérablement l’échauffement direct du substrat.

Ce qu’il ne faut pas faire

Certaines réactions instinctives aggravent la situation, et je les ai toutes essayées à mes débuts avant de comprendre pourquoi elles ne fonctionnaient pas :

  • brumiser le feuillage en plein soleil, ce qui ne réhydrate rien et marque les fleurs
  • arroser à l’eau glacée sortie du robinet en pleine chaleur, qui bloque temporairement l’absorption
  • donner un engrais concentré à une plante déjà en manque d’eau, ce qui brûle les racines
  • rempoter en urgence un sujet fané, alors qu’il faut d’abord le réhydrater et le laisser récupérer
  • laisser en permanence la potée dans une soucoupe pleine, ce qui asphyxie les racines dès que la chaleur retombe

Engrais et canicule

Un surfinia consomme énormément, et pendant l’été il faut le nourrir toutes les semaines pour tenir la floraison. Mais en pleine vague de chaleur, je décale les apports d’un ou deux jours et je passe à une demi-dose. La plante est déjà en régime de stress, ses racines fonctionnent au ralenti, et une solution concentrée dans un substrat qui sèche vite devient rapidement agressive.

L’engrais s’applique toujours après un arrosage à l’eau claire, jamais sur un terreau sec, et de préférence le soir. Dès que les températures redescendent sous les trente degrés, je reprends le rythme et la dose normale, en général sept jours plus tard.

Après la vague de chaleur

Une potée qui a fané une fois se remet presque toujours, mais elle garde des séquelles visibles : quelques feuilles brunes en bordure, des fleurs avortées, un ralentissement d’une bonne semaine. Retirez ce qui est sec, coupez les tiges qui sont restées molles au bout de deux jours, elles ne redémarreront pas.

Si l’épisode a été long et que la plante s’est franchement dégarnie, profitez-en pour raccourcir l’ensemble d’un tiers et relancer avec un engrais complet. À condition que ce soit avant le 10 août, la repousse aura le temps de refleurir et vous tiendrez jusqu’aux nuits fraîches de septembre.

Le conseil de Sophie. Pesez vos suspensions à la main tous les matins pendant une semaine : ce réflexe de poids vous dira si la motte est sèche bien avant que la plante ne le montre.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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