Un garde-corps en tôle grise, un mur de parpaings mal crépi, un pilier de béton en plein milieu : sur un balcon, il y a presque toujours quelque chose qu’on préférerait ne pas voir. Les plantes retombantes sont la réponse la plus rapide et la moins chère, à condition de choisir celles qui couvrent vraiment et qui tiennent la saison entière. Voici les six sur lesquelles je reviens chaque année.
Ce qu’on demande vraiment à une retombante
Cacher, ce n’est pas fleurir. Beaucoup de plantes vendues comme retombantes font trois belles cascades fleuries et laissent voir le mur entre les tiges. Ce qu’il faut, c’est une plante qui produit un rideau dense, qui descend d’au moins 50 à 80 centimètres en une saison, et qui ne se dégarnit pas de la base au milieu de l’été.
Le deuxième critère, c’est la résistance au vent. À partir du troisième étage, les tiges longues et molles se cassent ou se retournent par-dessus la jardinière au premier coup de vent. Certaines espèces plient et repartent, d’autres se transforment en paquet de tiges cassées en une nuit d’orage.
Le dichondra argenté, le rideau le plus régulier
C’est ma valeur sûre pour couvrir vite. Le dichondra argenté produit des tiges très fines couvertes de petites feuilles rondes gris argenté, et descend facilement à 80 centimètres, parfois plus d’un mètre en fin de saison. Il ne fleurit pratiquement pas, ce qui est justement son intérêt : le rideau reste homogène du printemps aux gelées.
Il supporte le plein soleil et une certaine sécheresse, mais il déteste avoir les pieds mouillés en permanence. En plein vent, ses tiges légères se balancent beaucoup sans casser. Un pincement des extrémités en juin lui fait produire deux fois plus de ramifications, donc un rideau nettement plus opaque.
Le lierre panaché, pour cacher aussi l’hiver
Toutes les autres plantes de cette liste disparaissent en novembre. Le lierre, lui, reste. C’est la seule solution vraiment persistante pour masquer un vis-à-vis ou une tôle en permanence, et les variétés panachées de blanc ou de jaune évitent l’effet trop sombre du lierre commun. Comptez deux ans pour un rideau complet, ce n’est pas une plante d’impatients.
Il pousse à toutes les expositions, y compris au nord, où il est même meilleur qu’au sud. En pot, il demande un bac d’au moins 30 centimètres de profondeur et un arrosage régulier la première année. Une taille franche en mars, en rabattant d’un tiers, l’empêche de se dégarnir à la base.
Le pétunia retombant, spectaculaire mais exigeant
Les pétunias retombants sélectionnés font de vraies cascades fleuries d’un mètre, en continu de mai aux premières gelées. C’est ce qui donne les balcons débordants qu’on voit en photo. Personne ne vous dira que ça se paie par une exigence quotidienne : ils consomment énormément d’eau et d’engrais, et un oubli de deux jours en juillet se voit pendant trois semaines.
Concrètement, il leur faut un arrosage quotidien en été, un engrais riche en potasse tous les huit à dix jours, et six heures de soleil minimum. Si vous partez trois semaines en août sans système d’arrosage, choisissez autre chose. Ils sont aussi les premiers à souffrir de la chlorose dans les régions à eau très calcaire, avec des feuilles qui jaunissent entre les nervures.
Le bacopa, le nuage blanc qui pardonne
Beaucoup plus discret et beaucoup moins capricieux, le bacopa forme une masse souple couverte de minuscules fleurs blanches ou lilas. Il descend de 40 à 60 centimètres, s’accommode d’une mi-ombre lumineuse et supporte mieux qu’un pétunia les journées où on a oublié d’arroser, même s’il boude visiblement.
Son défaut est connu : s’il sèche complètement une fois, il perd ses fleurs et met deux à trois semaines à repartir. En pratique, je le plante systématiquement en compagnon d’une plante plus vigoureuse, pour combler les trous du rideau à hauteur de jardinière pendant que l’autre descend.
Le géranium lierre, le plus fiable des six
Si je ne devais en garder qu’un pour un balcon plein sud et venté, ce serait celui-là. Le pélargonium à feuilles de lierre supporte le soleil brûlant, le vent, les oublis d’arrosage, et fleurit de mai à octobre avec un minimum de soins. Ses tiges sont assez rigides pour ne pas se retourner par-dessus le bac.
Il demande peu : un arrosage quand la terre est sèche sur trois centimètres, un engrais fleurs toutes les deux à trois semaines, et la suppression des fleurs fanées. Les variétés dites autonettoyantes évitent même cette corvée. En revanche, il n’aime pas du tout la mi-ombre, où il file en tiges nues et fleurit à peine.
La capucine, la couverture express et gratuite
Semée directement en avril, la capucine grimpante ou retombante couvre un garde-corps en huit semaines pour le prix d’un sachet de graines. C’est de loin le meilleur rapport surface couverte sur budget, avec un feuillage rond très dense et des fleurs orange, jaunes ou rouge sombre.
Deux réserves. La première : elle attire les pucerons noirs, souvent en masse, ce qui peut être utile si vous voulez les éloigner d’autres plantes mais franchement laid sur un balcon. La seconde : ses fleurs et ses feuilles sont traditionnellement consommées en salade, mais ne mangez rien qui pousse chez vous sans être certaine de l’identification de la plante, de l’absence de traitement et de l’absence d’allergie ou de contre-indication vous concernant.
Le contenant et la sécurité, à ne pas bâcler
Une jardinière suspendue à l’extérieur d’un garde-corps est un objet dangereux. Une balconnière de 60 centimètres pleine de terre humide pèse entre 15 et 20 kilos, et davantage une fois les plantes développées. Les crochets doivent être adaptés à la section exacte de votre rambarde et serrés à fond, et je vérifie le serrage deux fois par saison.
Beaucoup de règlements de copropriété et d’arrêtés municipaux imposent purement et simplement la fixation à l’intérieur du balcon. Vérifiez avant d’acheter le matériel : à l’intérieur, la plante retombe le long du garde-corps et cache tout aussi bien, sans risque pour les passants en dessous.
Pourquoi vos retombantes finissent en tiges nues
C’est la question qu’on me pose le plus souvent en juillet. Une retombante qui n’a que du feuillage à son extrémité et des tiges dégarnies en haut manque presque toujours de deux choses : de pincements et de nourriture. Une plante à croissance rapide en petit volume de terre épuise son substrat en six à huit semaines.
Le programme que je suis chaque année tient en cinq gestes simples :
- pincer les extrémités quinze jours après la plantation, puis une seconde fois fin juin
- enfouir un engrais à libération lente au moment de la plantation, une poignée par balconnière
- compléter avec un engrais liquide fleurs toutes les deux semaines à partir de début juin
- supprimer les fleurs fanées chaque semaine sur les espèces qui ne se nettoient pas seules
- renouveler le tiers supérieur du terreau au printemps suivant, sans changer de contenant
Ce qui ne marche pas pour cacher un balcon
J’ai essayé la canisse seule : elle grise en deux ans, se déchire au premier vent fort et donne un aspect plus négligé que la tôle qu’elle masquait. Le duo canisse plus grimpante annuelle marche mieux, mais la grimpante met deux mois à couvrir et laisse le support visible pendant tout le printemps.
Les haies artificielles en plastique tiennent leur promesse la première année, puis blanchissent au soleil et se couvrent de poussière qu’on ne peut pas nettoyer. Sur un balcon exposé, une jardinière de retombantes bien nourries donne un meilleur résultat pour trois fois moins cher.
Le conseil de Sophie. Plantez vos retombantes plus serrées que ce qu’indique l’étiquette, cinq ou six pieds dans une balconnière de 60 centimètres : vous couvrirez un mois plus tôt, à condition d’accepter d’arroser et de nourrir en conséquence.

