Oignon qui germe dans le placard : plantez-le, il donne des tiges vertes

Oignon qui germe dans le placard : plantez-le, il donne des tiges vertes

Il y a toujours, au fond du filet, un oignon qui a pris de l’avance : une pointe verte sort par le haut et la peau se fripe. Chez moi, ces oignons-là finissent dans un pot sur le rebord de la fenêtre de la cuisine. Ils ne redonneront jamais un bel oignon rond, je vous préviens tout de suite, mais ils donnent des tiges vertes pendant plusieurs semaines.

Ce qui se passe à l’intérieur d’un oignon qui germe

Un oignon n’est pas une racine : c’est un empilement de bases de feuilles gorgées de réserves, serrées autour d’un petit plateau dur d’où partent les racines. Quand la chaleur du placard, l’humidité et le temps lèvent la dormance, le bourgeon central repart et pousse des feuilles qui finissent par percer la pointe.

Cette croissance se paie. Le bourgeon puise dans les couches charnues qui l’entourent, et c’est pour ça que le bulbe devient mou, léger, parfois creux au centre. Le replanter ne fait qu’une chose, mais elle change tout : lui donner de la lumière, pour qu’il fabrique de quoi continuer au lieu de se vider dans un placard sombre.

Un oignon germé n’est pas devenu toxique

On me répète chaque année qu’un oignon qui germe serait dangereux. C’est faux, et ça vaut la peine de le dire nettement : la germination ne fabrique aucune substance nocive. Ce qui change, c’est la texture, molle et cotonneuse, et le goût, plus soufré. La pousse verte se mange très bien, entre le poireau jeune et la ciboule.

Ce qui justifie la poubelle, ce sont les moisissures, les zones brunes suintantes et l’odeur de fermentation. Et une réserve qui ne nous concerne pas nous, mais nos animaux : l’oignon est toxique pour les chiens et les chats, pousses comprises. Mes pots vivent en hauteur, hors de portée du mien, qui grignote tout ce qui dépasse.

Trier avant de planter

C’est là que la plupart des essais échouent. Un oignon à moitié gâté mis en pot ne se refait pas une santé, il pourrit simplement plus vite parce que le terreau est humide. Je fais un tri de dix secondes, en pressant le bulbe entre le pouce et l’index et en regardant sa base.

  • ferme sous les doigts, une ou deux pointes vertes bien dressées : il repart
  • base sèche et plate, sans feutrage blanc ni racines noires : bon signe
  • poudre noire entre les pelures, comme de la suie : au compost
  • base molle, humide, odeur aigre : au compost également

Le pot, le terreau et la bonne profondeur

Prenez un pot d’au moins quinze centimètres de profondeur, percé, et comptez douze à quinze centimètres de large par oignon, sinon les racines se gênent et les tiges restent maigres. Un terreau ordinaire convient, allégé d’une poignée de sable grossier pour que l’eau file mieux. Le trou de drainage n’est pas négociable.

Enterrez le bulbe aux deux tiers seulement, pointe verte à l’air libre. La faute la plus courante est de l’enfoncer jusqu’au ras du terreau : le collet reste humide et la pourriture démarre. Tassez légèrement autour, arrosez une bonne fois pour que la terre fasse contact avec les racines, puis laissez sécher la surface.

En pleine terre, avec une réserve

Un oignon germé se plante dehors de l’automne au début du printemps, en sol drainé et au soleil franc, recouvert de deux à trois centimètres, tous les dix centimètres. En terre lourde qui reste gorgée d’eau tout l’hiver, plantez sur une petite butte de dix centimètres, sinon le bulbe fond avant février.

Je pose quand même une réserve sérieuse. L’oignon du commerce vient parfois de loin et peut porter la pourriture blanche, un champignon qui reste actif quinze à vingt ans dans une parcelle et condamne ensuite tous vos aulx, oignons et échalotes. Si vous tenez à votre potager, gardez ces bulbes en pot, avec du terreau neuf.

Lumière, température, arrosage

La lumière décide de la qualité des tiges. À une fenêtre au sud ou à l’ouest, les feuilles sortent droites, épaisses et bien vertes ; avec moins de cinq heures de clarté, elles montent pâles et filiformes et se couchent au moindre courant d’air. L’oignon pousse entre douze et vingt degrés et supporte une nuit à cinq.

L’arrosage, lui, tue plus d’oignons que le froid. Le terreau doit rester à peine frais, jamais détrempé : j’enfonce le doigt de deux centimètres, et si c’est humide je ne touche à rien. Je vide toujours la soucoupe un quart d’heure après, car un bulbe qui trempe pourrit par le plateau.

Couper les tiges sans tuer le pied

Les premières tiges se récoltent au bout de trois semaines environ, quand elles atteignent vingt à vingt-cinq centimètres ; comptez le double sur un rebord froid en février. La tentation est de tout couper d’un coup, comme une botte de ciboulette, et c’est le meilleur moyen de n’avoir qu’une seule récolte.

  • coupez aux ciseaux à quatre ou cinq centimètres au-dessus du bulbe, jamais au ras
  • ne prélevez jamais plus de la moitié des tiges en une fois
  • laissez huit à dix jours entre deux coupes
  • arrêtez quand les repousses sortent fines comme des fils, le bulbe est épuisé

Ce que vous n’obtiendrez pas : un nouveau bulbe

L’oignon est bisannuel : la première année, à partir d’une graine, il fabrique un bulbe ; la deuxième, il l’utilise pour fleurir et faire des graines. Un oignon germé que vous replantez est déjà dans sa deuxième année. Il ne refera pas de réserve, et au mieux il se divise en deux ou trois petits bulbes irréguliers.

Si une tige creuse s’épaissit et porte à son sommet une tête ronde enveloppée d’une membrane, c’est la hampe florale. Coupez-la pour prolonger un peu la production de feuilles, ou laissez-la s’ouvrir : la boule blanche est très jolie et les abeilles s’y bousculent. Ne comptez pas récupérer des graines fidèles, ce sont souvent des hybrides.

Quand c’est fini, on recommence

Au bout de six à huit semaines, tirez sur le pied : le bulbe n’est plus qu’une enveloppe fripée et vide, avec un chevelu de racines mortes. Direction le compost, sans état d’âme, il a fait exactement ce qu’on lui demandait. Le terreau se réutilise après avoir été griffé et laissé sécher deux jours à l’air.

Le vrai intérêt de la méthode, c’est le rythme. Un oignon germé mis en pot tous les quinze jours, sur trois pots qui se relaient, et vous avez des tiges vertes en continu de l’automne au printemps. Ça ne remplace pas une culture d’oignons, ça remplace les herbes fraîches qu’on paie cher et qu’on jette à moitié.

Le conseil de Sophie. Gardez toujours deux pots décalés de trois semaines : quand le premier donne des repousses filiformes, le second est déjà à vingt centimètres et vous n’avez aucune rupture.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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