Lilas qui ne fleurit pas : vous le taillez trop tard

Lilas qui ne fleurit pas : vous le taillez trop tard

Un lilas qui pousse magnifiquement, qui fait des feuilles superbes et pas une fleur, c’est la question qui revient le plus souvent dans mon courrier de printemps. Avant de chercher du côté du sol ou de l’engrais, je pose toujours la même question : à quel moment de l’année taillez-vous ? Neuf fois sur dix, la réponse est en automne ou en hiver, et le problème est réglé en une phrase.

Le lilas prépare sa floraison l’été d’avant

Tout part de là. Contrairement à un rosier ou à une lavande, qui fleurissent sur les pousses de l’année, le lilas fabrique ses boutons floraux entre juin et août sur les rameaux qui viennent de se former. À la fin du mois d’août, la floraison du printemps suivant est déjà entièrement écrite dans les bourgeons, invisible mais bien présente.

Toute coupe effectuée après cette période supprime donc mécaniquement des fleurs. En novembre, en janvier ou en mars, vous n’êtes pas en train de préparer la floraison : vous êtes en train de la ramasser dans un seau. La plante réagit en produisant du bois vigoureux au printemps, ce qui donne l’impression d’un arbuste en pleine forme, et entretient le malentendu.

La bonne fenêtre : deux à trois semaines après la fleur

Le seul créneau correct commence quand les dernières panicules brunissent et se termine à la fin juin. Selon les régions et les variétés, cela signifie de la mi-mai à la mi-juin dans la moitié nord, un peu plus tôt dans le Midi. Passé le 30 juin, on ne touche plus à rien.

Cette fenêtre courte est aussi la plus confortable à travailler : les fleurs fanées sont bien visibles, la silhouette est lisible, et les pousses de l’année n’ont pas encore démarré. En vingt minutes sur un arbuste de taille moyenne, vous faites l’essentiel du travail annuel. Le reste de l’année, le sécateur reste rangé, sauf pour supprimer une branche cassée ou clairement morte.

Ce que fait exactement une taille d’hiver

Le scénario est toujours le même et je l’ai vu dans une dizaine de jardins. Le jardinier taille en février, parce que c’est la saison où l’on taille les fruitiers et que le lilas est à portée de main. Au printemps, l’arbuste ne fleurit pas mais pousse fort, ce qui l’inquiète, et il en conclut qu’il faut tailler davantage l’hiver suivant.

Le cercle se referme. Année après année, l’arbuste grossit, se densifie, produit des pousses de plus en plus longues et vigoureuses, et ne fleurit plus du tout. Ce n’est pas une maladie, ce n’est pas une carence, ce n’est pas un lilas capricieux : c’est simplement une plante que l’on empêche de faire ce pour quoi elle a passé son été à se préparer.

Le geste juste, en détail

La coupe se fait juste au-dessus de la première paire de bourgeons située sous la panicule fanée. Ces deux bourgeons donneront les deux pousses qui porteront les fleurs de l’année suivante. Ne descendez pas plus bas sur le rameau, sauf pour supprimer volontairement une branche entière parce qu’elle gêne ou parce que vous rééquilibrez la silhouette.

Profitez-en pour dégager le centre de l’arbuste, qui a une forte tendance à s’encombrer de vieux bois gris, de branches croisées et de rameaux morts. La lumière et l’air qui entrent dans la charpente améliorent la floraison de l’année suivante et réduisent nettement l’oïdium de fin d’été, ce feutrage blanc qui blanchit les feuilles au mois d’août.

Sortir du cercle vicieux : l’année blanche

Si vous êtes dans cette situation depuis plusieurs saisons, la solution est de ne rien faire pendant douze mois. Aucune taille, aucun raccourcissement, pas même un nettoyage de silhouette. Vous laissez l’arbuste pousser tout l’été, former ses boutons tranquillement, passer l’hiver intact.

Au printemps suivant, il fleurira, souvent modestement, parfois abondamment selon l’âge et la vigueur du sujet. À ce moment-là seulement, vous reprenez la main, et vous taillez dans les trois semaines qui suivent la floraison. C’est la seule méthode qui marche à coup sûr, elle demande simplement de la patience et de résister à l’envie de faire quelque chose.

Les autres causes, dans l’ordre où je les vérifie

Quand la taille est correcte et que le lilas ne fleurit toujours pas, je passe en revue cette liste, du plus fréquent au plus rare. Il est très courant que deux causes se cumulent, typiquement l’ombre et l’excès d’azote dans un jardin où la pelouse est fertilisée chaque printemps.

  • l’ombre : moins de six heures de soleil direct, souvent parce qu’un arbre voisin a grandi en dix ans
  • l’excès d’azote : engrais à gazon, fumier frais ou purin d’ortie répandus au pied de l’arbuste
  • la jeunesse : un lilas planté depuis moins de trois ans fleurit peu, c’est normal et cela passe seul
  • les drageons du porte-greffe, qui détournent l’énergie de la variété greffée
  • une plantation trop profonde, le point de greffe ou le collet enterré de plusieurs centimètres
  • la sécheresse de juillet et août, qui empêche la formation des boutons
  • un sol trop acide, sous 6 de pH, où la plante jaunit et stagne
  • une gelée tardive en avril, qui grille les boutons déjà formés et fait perdre une seule année

L’ombre qui s’installe sans qu’on la voie

C’est la cause la plus sournoise parce qu’elle progresse par degrés. Le lilas planté au soleil il y a quinze ans se retrouve à l’ombre d’un bouleau ou d’un thuya qui a fait douze mètres entre-temps. Le jardinier, lui, n’a rien changé, et il cherche l’explication ailleurs.

Un test simple : allez observer l’endroit à trois moments de la journée, vers dix heures, quatorze heures et dix-sept heures, un jour de juin. Comptez les heures de soleil direct réellement reçues par la base et par le sommet de l’arbuste. En dessous de six heures, aucune taille et aucun engrais ne compenseront le manque de lumière.

L’azote qui vient du gazon

Un lilas planté en bordure de pelouse reçoit tous les printemps la dose d’engrais destinée au gazon, riche en azote et pauvre en potasse. Le résultat visible est un feuillage vert sombre, de longues pousses tendres, une bonne résistance apparente, et strictement aucune fleur. C’est un cas très fréquent dans les jardins entretenus.

Si vous vous reconnaissez, laissez simplement une zone d’un mètre cinquante sans fertilisation autour du pied. Compensez par un apport de potasse en fin de floraison, ou par une poignée de cendre de bois tamisée au printemps. Le retour à la floraison prend en général une saison complète, parfois deux si le sol est très chargé.

Les drageons, qu’il faut arracher et non couper

Sur un lilas greffé, les rejets qui sortent en dessous du point de greffe appartiennent au porte-greffe et non à votre variété. Ils poussent souvent plus vite que la partie greffée, captent une part importante de la sève, et affaiblissent progressivement l’arbuste jusqu’à le stériliser.

Supprimez-les au fur et à mesure, en dégageant un peu de terre à la base et en tirant d’un coup sec plutôt qu’en coupant proprement. Une coupe au sécateur laisse des bourgeons dormants qui reviendront en plus grand nombre l’année suivante ; un arrachage emporte le bourgeon d’origine et le problème ne se repose pas au même endroit.

La sécheresse de juillet, celle qu’on ne relie jamais à la fleur

Le lilas est réputé résistant à la sécheresse, et il l’est pour sa survie. Sa floraison, elle, ne l’est pas du tout. Un mois de juillet très sec, au moment précis où les boutons se forment, se traduit par un printemps suivant pauvre en panicules, sans que la plante ait montré le moindre signe de souffrance entre-temps.

Le décalage d’un an entre la cause et l’effet fait que personne n’établit le lien. Si vous avez traversé un été de canicule, arrosez copieusement votre lilas deux ou trois fois en juillet et en août, vingt à trente litres à chaque passage pour un sujet adulte, et paillez son pied. Cela ne se voit pas sur le moment, cela se voit en mai.

Rajeunir un vieux lilas sans tout perdre

Pour un arbuste ancien, dégarni du bas, avec de gros troncs gris et une floraison réfugiée à trois mètres de haut, il faut passer par un rajeunissement progressif. En fin d’hiver, supprimez à la base le tiers des plus vieilles charpentières, celles dont l’écorce est la plus crevassée, et rien d’autre.

Recommencez l’année suivante, puis la troisième année, de façon à renouveler entièrement la structure en trois saisons. Vous perdez une partie de la floraison pendant cette période, mais vous retrouvez un arbuste garni et fleuri jusqu’en bas. La méthode radicale qui consiste à tout rabattre d’un coup fonctionne aussi, au prix de deux à trois années sans la moindre fleur.

Le conseil de Sophie. Notez dans votre agenda, dès aujourd’hui, un rendez-vous le 1er juin intitulé taille du lilas, et un autre le 1er juillet intitulé ne plus toucher au lilas : c’est le seul rappel qui m’a fait arrêter de le tailler au mauvais moment.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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