Jasmin d'hiver : les fleurs jaunes qui arrivent en janvier quand tout dort

Jasmin d’hiver : les fleurs jaunes qui arrivent en janvier quand tout dort

Chaque année autour du 10 janvier, un arbuste du fond de mon jardin se couvre de petites étoiles jaunes alors qu’il n’a plus une seule feuille. C’est la seule chose qui fleurisse à cette date chez moi, et mes voisins me demandent systématiquement ce que c’est. C’est un jasmin d’hiver, sans doute l’arbuste le plus mal nommé et le plus mal taillé de nos jardins.

Ce n’est pas le jasmin parfumé auquel vous pensez

Le jasmin d’hiver s’appelle Jasminum nudiflorum et nous vient de Chine, où il pousse accroché à des pentes rocailleuses. Il n’a rien à voir avec le jasmin blanc d’été, Jasminum officinale, qui embaume les soirées de juillet et tient jusqu’à -10 °C environ. Ni avec ce jasmin vendu en pot tout fleuri en février, Jasminum polyanthum, qui est une plante d’appartement sous notre climat et grille dès -3 °C.

Autant le dire tout de suite, parce que c’est la déception classique de la première année : le jasmin d’hiver ne sent rien. Absolument rien. Approchez le nez d’une fleur ouverte en janvier, vous n’aurez que l’odeur de l’air froid. On l’achète pour sa date de floraison, pas pour son parfum, et quand on le sait avant, on ne lui en veut pas.

Il fleurit sur du bois nu, et c’est tout l’intérêt

Nudiflorum veut dire « à fleur nue », et le nom est parfaitement descriptif. Les petites feuilles à trois folioles tombent en novembre, et les fleurs sortent ensuite directement sur les tiges dépouillées. Elles mesurent 2 à 2,5 cm, forment un tube évasé en six lobes, et sont d’un jaune franc qui se voit de loin par temps gris. Le feuillage ne revient qu’en mars.

La floraison ne se fait pas d’un coup, et c’est ce qui la rend fiable. L’arbuste ouvre ses boutons par vagues successives entre la mi-décembre et le début mars. Une gelée sérieuse brunit les fleurs ouvertes en une nuit, mais les boutons encore fermés ne sont pas touchés et prennent le relais huit à dix jours plus tard. J’ai compté quatre vagues distinctes l’hiver dernier.

Le froid ne l’inquiète pas, sauf quand il est en pot

En pleine terre, c’est un arbuste qu’on peut oublier. Le bois supporte -15 °C sans broncher et je n’ai jamais vu de branche gelée sur le mien en douze ans. Les fleurs ouvertes, elles, s’abîment vers -5 à -7 °C, mais comme les boutons en réserve suivent derrière, on ne perd jamais la saison entière. Inutile de sortir un voile d’hivernage, il ne ferait que retenir l’humidité.

En pot, le raisonnement change complètement. En pleine terre, les racines restent autour de -1 ou -2 °C même quand l’air est à -8 °C, parce que la masse de sol amortit tout. Dans un pot posé sur un balcon, la motte prend en quelques heures la température de l’air sur toute son épaisseur, et les racines gèlent pour de bon. Calez donc le pot contre un mur de la maison.

Ce n’est pas une grimpante, il faut l’attacher

C’est le deuxième malentendu. Le jasmin d’hiver n’a ni crampons, ni vrilles, ni ventouses : il ne s’accroche à rien. Il produit de longues tiges vertes, anguleuses au toucher, de 1,5 à 3 m, qui s’appuient sur ce qu’elles trouvent et retombent quand elles ne trouvent rien. Planté contre un mur nu sans support, il forme en trois ans un tas désordonné d’un mètre de haut sur deux de large.

Il y a deux façons honnêtes de l’utiliser. Soit vous le palissez, en tendant des fils horizontaux tous les 40 cm et en y attachant les tiges principales à mesure, ce qui donne un rideau plat de 2 m sur 2 m en quatre ou cinq ans. Soit vous jouez le retombant depuis un muret ou une jardinière surélevée. C’est ce que j’ai fait sur mon balcon, et les tiges descendent d’environ 1,50 m.

Le pot qu’il lui faut sur un balcon

Il n’est pas exigeant, mais il a besoin de volume, parce qu’il fait beaucoup de racines fines et qu’un pot trop petit sèche en deux jours l’été. Voyez large dès le départ, quitte à ne rempoter que tous les quatre ou cinq ans, et privilégiez la terre cuite qui pèse lourd et empêche le pot de basculer au premier coup de vent d’ouest.

  • un pot de 40 à 50 litres minimum, soit environ 50 cm de diamètre et 45 cm de profondeur
  • un mélange par tiers : terre de jardin, terreau de plantation et compost mûr tamisé
  • une couche drainante de 4 à 5 cm de graviers au fond, et surtout un vrai trou d’évacuation libre
  • des pieds de pot ou deux tasseaux sous le contenant, pour que l’eau sorte vraiment en hiver

Nord, est, ouest : il accepte à peu près tout

C’est l’une des rares plantes de floraison hivernale qu’on peut mettre au nord sans mentir. Un mur exposé au nord lui convient : il y fleurira un peu plus tard et un peu moins densément, mais il fleurira. Est ou ouest lui va très bien. En plein sud, il pousse plus vite et démarre parfois dès la fin novembre, mais il souffre de la sécheresse estivale s’il est en pot.

Une précision utile, parce qu’on lit souvent l’inverse. Le conseil d’éviter le soleil du matin sur les fleurs gelées vaut surtout pour les camélias, dont les pétales charnus brunissent au dégel rapide. Les fleurs de jasmin d’hiver, plus fines et tubulaires, encaissent bien mieux ce dégel brutal. Vous pouvez donc le mettre à l’est sans état d’âme, ce qui règle le problème de beaucoup de balcons.

L’arrosage d’hiver, le piège que tout le monde rate

On arrose ses pots d’avril à septembre, puis on oublie. C’est exactement l’erreur avec un arbuste qui fleurit en janvier. Un balcon abrité par un auvent ne reçoit quasiment aucune pluie en hiver, et le vent froid dessèche la surface bien plus vite qu’on ne l’imagine. J’ai perdu la moitié d’une floraison une année parce que la motte était sèche en profondeur au mois de décembre.

La règle que j’applique est simple. De novembre à mars, je plonge un doigt à 5 cm dans le substrat une fois par semaine et j’arrose seulement s’il est sec à cette profondeur. Quand j’arrose, je le fais en milieu de journée, jamais le soir, pour que l’eau ne stagne pas dans la motte pendant la nuit la plus froide. Et jamais si une gelée est annoncée dans les vingt-quatre heures.

La taille se fait juste après la floraison, jamais en automne

Voilà la vraie raison pour laquelle tant de jasmins d’hiver ne fleurissent pas. Cet arbuste fleurit sur le bois de l’année précédente : les boutons de janvier se sont formés sur les pousses qui ont grandi entre mai et août. Si vous taillez en automne, parce que la plante est débraillée et que cela vous démange, vous coupez exactement les rameaux porteurs.

La bonne fenêtre est courte et facile à retenir : dès que les dernières fleurs sont fanées, entre le 10 mars et le 10 avril selon les années. On raccourcit alors d’un tiers les tiges qui ont fleuri et on supprime au ras les bois morts et les vieilles tiges épuisées. Sur un sujet envahi, rabattez un tiers des charpentières à 30 cm du sol chaque année pendant trois ans.

Le marcotter, c’est presque automatique

Le jasmin d’hiver se marcotte tout seul, et c’est amusant à observer. Dès qu’une tige retombante touche le sol et reste en contact quelques mois, elle émet des racines au point de contact. Si vous avez un sujet installé, allez fouiller sous les branches basses en fin d’hiver : vous trouverez souvent deux ou trois jeunes plants autonomes qu’il suffit de sectionner et de déterrer.

Si rien ne se fait spontanément, provoquez-le. En septembre, couchez une tige souple dans une petite cuvette de terre, maintenez-la avec une pierre plate, et laissez dépasser l’extrémité. Au bout de six à douze mois, tirez doucement : si ça résiste, c’est enraciné. Coupez alors la liaison avec le pied mère, attendez trois semaines, puis déterrez avec une motte et rempotez.

Le conseil de Sophie. Attachez trois ou quatre tiges principales à un fil dès la première année, même si l’arbuste vous paraît minuscule : c’est ce qui fait la différence entre un rideau fleuri et un tas jaune posé par terre.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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