Chaque été, j’ouvre des melons et je regarde ce tas de graines parfaitement formées partir au compost. Depuis quatre ans, j’en garde une poignée, je les sèche, et je les sème au printemps suivant. Le résultat est plus incertain qu’avec une tomate, mais un melon mûri sur un balcon reste une petite fierté qui vaut l’essai.
Les graines d’un melon du commerce sont-elles viables
Oui, à condition que le fruit soit vraiment mûr. Un melon cueilli trop tôt, ce qui arrive souvent en début de saison, contient des graines pâles, plates et sans réserve. Un melon parfumé, lourd, dont l’écorce cède légèrement sous le pouce à l’opposé du pédoncule, contient au contraire des graines pleines.
Le tri se fait à l’œil et au toucher. Gardez les graines bien bombées, couleur crème, longues d’un centimètre environ, et écartez celles qui sont fines comme du papier. Un passage dans un verre d’eau confirme le tri : les graines pleines coulent en quelques minutes, les vides restent en surface.
Récupérer et sécher les graines
Le melon a une pulpe filandreuse mais peu collante, ce qui rend l’opération plus simple qu’avec une tomate. Séparez les graines à la main dans un saladier d’eau tiède, frottez-les entre les doigts, changez l’eau deux fois. Il ne doit rester aucun filament : c’est toujours un reste de chair qui déclenche la moisissure.
- Égouttez dans une passoire fine, puis tamponnez rapidement dans un torchon propre.
- Étalez en une couche sur une assiette, pas sur du papier absorbant où elles collent.
- Séchez dix à quinze jours à 18-20 °C, à l’ombre, en les remuant tous les deux jours.
- Conservez dans une enveloppe en papier annotée : elles restent viables cinq à six ans.
Ce que la deuxième génération vous réserve
Les melons du commerce, charentais en tête, sont presque tous des hybrides F1. Vos plants ne reproduiront donc pas fidèlement le fruit de départ : sur six pieds, attendez-vous à deux melons vraiment bons, deux corrects mais peu sucrés, et deux décevants. C’est le jeu, et c’est prévisible.
La parade est simple : semez plus large que nécessaire. Je sème six graines pour ne conserver que les trois plants les plus vigoureux, et j’assume de sacrifier le reste. Si vous voulez de la régularité, achetez un sachet de variété fixée, et là vous saurez ce que vous récoltez.
Mai, c’est déjà un peu tard
Le melon a besoin de quatre mois et demi de chaleur entre le semis et la récolte. Un semis en pleine terre en mai ne fonctionne bien qu’au sud de la Loire, et seulement les années chaudes. Ailleurs, la plante démarre lentement dans un sol frais et se fait rattraper par les fraîcheurs de septembre.
Ma règle est donc de semer à l’abri entre le 10 et le 25 avril, à 22-25 °C, deux graines par godet de 10 centimètres, posées sur la tranche sous deux centimètres de terreau. La levée arrive en cinq à huit jours. L’installation définitive se fait après le 15 mai, les nuits restant au-dessus de 12 °C.
Sur un balcon, la contenance fait tout
C’est le point sur lequel les échecs sont les plus fréquents. Un melon dans un pot de vingt litres jaunit en juillet et ne mûrit rien du tout. Il faut un bac de 40 à 50 litres au minimum par plant, d’au moins 40 centimètres de profondeur, avec de vrais trous de drainage.
Remplissez avec deux tiers de terreau et un tiers de compost mûr, et ajoutez une poignée de corne broyée au fond. Un seul pied par bac. L’exposition doit être plein sud, six à huit heures de soleil direct : sous une pergola ou à l’ombre l’après-midi, la plante végète et les fruits ne sucrent pas.
Faire grimper plutôt que ramper
Sur un balcon, laisser un melon ramper revient à perdre trois mètres carrés qu’on n’a pas. Installez un treillage ou trois tuteurs en faisceau derrière le bac, et attachez la tige principale tous les vingt centimètres avec un lien souple. La plante monte volontiers, et le feuillage reste sain parce qu’il sèche vite.
Le seul point à anticiper, c’est le poids des fruits. Dès qu’un melon atteint la taille d’une balle de tennis, soutenez-le dans un filet à oranges, un vieux collant ou une petite étagère fixée au treillage. Sans cela, le pédoncule casse une semaine avant la maturité, et vous récoltez un fruit vert.
Tailler, mais sans y passer l’été
La taille traditionnelle du melon fait peur avec ses règles compliquées. En pratique, une seule chose compte : provoquer des ramifications, car les fleurs femelles apparaissent surtout sur les tiges secondaires. Je pince la tige principale au-dessus de la cinquième vraie feuille, et cela suffit à faire partir plusieurs bras latéraux.
Ensuite, je pince chaque bras deux feuilles après un fruit noué, et je supprime les tiges qui partent dans le vide sans rien porter. Les hybrides modernes se passent très bien d’une taille sévère : mieux vaut un plant un peu touffu et bien nourri qu’un plant méthodiquement mutilé.
La pollinisation, le point faible en ville
Au quatrième étage, les insectes se font rares, et un melon non fécondé jaunit et tombe. Comme la courge, la plante produit d’abord des fleurs mâles, puis des fleurs femelles reconnaissables au petit fruit rond déjà présent sous la fleur. Si rien ne noue après dix jours de floraison, il faut intervenir.
L’opération prend trente secondes le matin entre 8 et 10 heures, quand le pollen est sec. Cueillez une fleur mâle, retirez ses pétales, et frottez délicatement l’étamine contre le cœur d’une fleur femelle ouverte. Comptez deux fleurs femelles par fleur mâle. Un petit fruit qui grossit en trois jours est un fruit fécondé.
Limiter les fruits pour en avoir de bons
En pleine terre, on laisse quatre à six melons par pied. En pot, c’est irréaliste : le volume de substrat ne suit pas, et vous obtiendrez six fruits de la taille d’une pomme, tous fades. Je ne garde que deux fruits par plant en bac de 50 litres, trois si le plant est particulièrement vigoureux.
Supprimez les fruits excédentaires quand ils atteignent la taille d’une noix, en gardant les mieux placés. En fin de cycle, quand les melons ont atteint leur taille définitive, réduisez l’arrosage de moitié pendant les dix derniers jours : l’eau en excès dilue les sucres et donne un fruit aqueux.
Savoir quand cueillir, sans se tromper
Trois signes se recoupent, et il faut les avoir tous les trois. La craquelure circulaire autour du pédoncule s’ouvre nettement, le parfum devient perceptible à cinquante centimètres, et la peau passe du vert franc au vert-jaune ou au beige selon les variétés. Le fruit se détache alors presque seul.
Un point à connaître, car il change tout : un melon cueilli trop tôt ne se sucrera plus jamais. Il ramollira sur le plan de travail, il sentira bon, mais le sucre ne monte que sur pied. Mieux vaut attendre deux jours de trop que deux jours de moins, et vérifier ses melons matin et soir.
Le conseil de Sophie. Notez sur une étiquette la date où chaque fruit a noué : un melon mûrit en 35 à 45 jours après la fécondation, et ce chiffre vous évitera de le cueillir trop tôt.

