Sur un balcon plein sud, avec du carrelage clair au sol et un mur qui renvoie la chaleur, on ne jardine pas comme ailleurs. J’ai tenu deux étés un balcon d’appartement à Angers exposé plein sud, et j’y ai perdu des plants que je croyais increvables. La question du géranium lierre ou du géranium droit revient sans cesse, et la réponse honnête n’est pas celle qu’on lit d’habitude.
Deux plantes qui n’ont pas la même feuille
Le géranium droit, le zonal, celui aux feuilles rondes marquées d’un croissant plus foncé, a un limbe large, fin et velouté. Il transpire beaucoup, se fane vite quand il a soif, mais se relève en deux heures après un bon arrosage. C’est une plante démonstrative : elle vous dit clairement quand elle souffre.
Le géranium lierre a un feuillage tout autre : des feuilles épaisses, luisantes, presque grasses, couvertes d’une cuticule cireuse. Il stocke de l’eau dans ses tissus et perd beaucoup moins par transpiration. Il tient donc plus longtemps sans arrosage, mais il ne prévient pas : quand il montre des signes, les dégâts sont déjà faits.
Ce que « plein cagnard » veut vraiment dire
Il faut distinguer deux situations qu’on confond tout le temps. Un balcon très ensoleillé mais ventilé, où l’air circule, où la température de l’air plafonne à 30 degrés, n’a rien à voir avec un balcon encaissé entre deux murs, où l’air stagne et où un thermomètre posé contre la façade monte à 42 ou 45 degrés en début d’après-midi.
Dans le premier cas, les deux types s’en sortent très bien. Dans le second, la donne change complètement, parce que ce n’est plus le soleil qui pose problème mais la chaleur accumulée, et surtout la température de la motte elle-même.
Le vrai coupable, c’est la température des racines
Un pot noir en plastique, en plein soleil, atteint 45 degrés au cœur de la motte un après-midi d’août. À cette température, les radicelles fines meurent en quelques heures. La plante a beau avoir de l’eau dans son pot, elle n’a plus les organes pour la prendre : elle fane en pleine terre humide, ce qui déroute complètement.
C’est là que le lierre est désavantagé. On le plante presque toujours en jardinière suspendue à la rambarde, donc dans un contenant peu profond, exposé au soleil sur trois faces et sans aucune inertie. Le zonal, lui, se cultive plus souvent dans un pot posé au sol, plus gros, plus profond, à l’abri de la balustrade.
Celui qui encaisse le mieux, en pratique
Sur un balcon vraiment brûlant, c’est le géranium droit qui tient le mieux, et ce n’est pas parce qu’il aime la chaleur : c’est parce qu’il récupère. Il se fane, vous arrosez, il repart. Le lierre, lui, ne se fane pas jusqu’au moment où ses tissus grillent, et les feuilles atteintes ne repoussent pas.
Le lierre a par ailleurs deux faiblesses spécifiques à ces conditions. Ses feuilles épaisses brûlent quand une goutte d’eau y fait loupe en plein soleil. Et il développe volontiers de l’œdème, ces petites pustules liégeuses en dessous du limbe, quand la nuit est humide après une journée torride.
Quand le lierre reste le meilleur choix
Ce n’est pas une condamnation, loin de là. Sur un balcon lumineux exposé à l’est ou à l’ouest, ombragé aux heures les plus chaudes, le lierre est nettement supérieur : il retombe en cascade sur un mètre, fleurit sans interruption et demande moitié moins d’arrosages qu’un zonal.
- balcon est ou ouest, ou sud avec un auvent : lierre sans hésiter
- balcon sud fermé entre deux murs, sans ombre : zonal
- si vous ne pouvez arroser qu’un jour sur deux : lierre, mais dans un contenant profond
- si vous partez deux semaines en août : ni l’un ni l’autre sans réserve d’eau
Les hybrides, un compromis réel
Les variétés interspécifiques, croisements entre zonal et lierre, combinent le port semi-retombant du second et la résistance à la chaleur du premier. Leur feuillage est intermédiaire, un peu épais mais pas cireux, et elles se comportent nettement mieux que le lierre pur sur un balcon très chaud.
Elles ont un défaut à connaître : la plupart ne se nettoient pas seules et demandent le même passage régulier pour retirer les hampes fanées. Elles sont aussi plus gourmandes, il faut compter un engrais hebdomadaire sans interruption de juin à septembre.
Le contenant compte plus que la variété
C’est le point que je défends le plus volontiers. Un lierre dans une jardinière de 25 centimètres de profondeur, en pot clair, avec réserve d’eau, s’en sortira mieux qu’un zonal dans un pot noir de 15 centimètres. Le choix du contenant pèse davantage sur le résultat que le choix de l’espèce.
Comptez six à huit litres de terre par plant, une profondeur minimale de 22 à 25 centimètres, une couleur claire qui renvoie le rayonnement, et de la terre cuite ou du plastique épais plutôt que du plastique fin. Une jardinière à réserve d’eau change la vie sur un balcon sud.
Les gestes qui sauvent une saison
Arrosez le matin tôt plutôt que le soir : la motte part fraîche pour la journée, et le feuillage sèche avant la nuit. Arrosez au pied, au goulot, jamais sur les feuilles en plein soleil. Et arrosez copieusement mais moins souvent, jusqu’à voir couler par le fond, pour forcer les racines à descendre.
Paillez la surface avec deux centimètres de billes d’argile ou de gravier clair : cela fait tomber la température de surface de plusieurs degrés et limite fortement l’évaporation. Enfin, glissez si possible les pots de dix centimètres en arrière de la rambarde, à l’ombre portée de la balustrade aux heures les plus dures.
Mon choix si je devais n’en garder qu’un
Sur un balcon franchement brûlant, je planterais des zonaux dans de gros pots clairs posés au sol, et je réserverais le lierre à une seule jardinière placée du côté qui prend l’ombre en fin de matinée. C’est ce qui m’a donné les meilleurs résultats, et de loin.
Et si le balcon dépasse vraiment les 40 degrés l’après-midi, la vraie solution n’est pas la variété mais l’ombrage : une canisse claire tendue à un mètre au-dessus des pots fait gagner huit à dix degrés et rend le lierre à nouveau possible.
Le conseil de Sophie. Avant de choisir entre lierre et zonal, posez un thermomètre au sol de votre balcon pendant trois jours de canicule : le chiffre de quinze heures décidera pour vous, bien mieux que n’importe quelle étiquette de jardinerie.

