Gazanias : les fleurs qui se ferment quand il n'y a pas de soleil (et pourquoi)

Gazanias : les fleurs qui se ferment quand il n’y a pas de soleil (et pourquoi)

La première année, j’ai cru que mes gazanias étaient malades. Je rentrais du travail à dix-neuf heures et je ne voyais qu’un tapis de feuilles grises avec des boutons fermés, alors que la voisine du dessus avait des fleurs éclatantes toute la journée. Elle est plein sud, je suis plein est. C’était toute l’explication, et ça m’a appris plus sur cette plante que n’importe quelle étiquette de jardinerie.

Une fleur venue d’un pays de soleil dur

Le gazania vient d’Afrique australe, des zones côtières et sablonneuses du Cap, où la lumière est violente et les pluies concentrées sur quelques mois. Ses feuilles portent un revers argenté, couvert de poils fins qui réfléchissent la lumière et limitent l’évaporation. C’est une plante construite pour la sécheresse et le soleil brutal.

Ses fleurs, larges de six à huit centimètres, ressemblent à de grosses marguerites aux couleurs franches, souvent avec un anneau sombre à la base des pétales. Ce dessin n’est pas gratuit : il sert de repère visuel pour les insectes, comme une cible peinte autour du cœur. Chez nous, le gazania est cultivé comme annuelle dans la plupart des régions, alors qu’il est vivace sous son climat d’origine.

Ce qui se passe exactement quand la fleur se ferme

Les pétales que l’on voit sont en réalité des fleurs à part entière, appelées ligules, disposées en couronne autour d’un cœur de fleurs minuscules. À leur base, les cellules réagissent à la lumière et à la température en se gonflant ou en se dégonflant d’eau. Quand celles de la face intérieure se gonflent plus que celles de la face extérieure, la ligule se redresse et la fleur s’ouvre.

Le soir, ou par temps couvert, le rapport s’inverse et la fleur se referme en cornet. Ce mouvement est réversible et peut se produire plusieurs fois par jour si le ciel est changeant. Il ne coûte presque rien à la plante, contrairement à une croissance, et c’est ce qui lui permet de le répéter pendant des semaines sur la même fleur.

Pourquoi elle fait ça

La fermeture protège d’abord le pollen. Une fleur ouverte sous la pluie ou couverte de rosée voit son pollen collé, lourd, inutilisable ; en se refermant, elle le garde au sec pour le lendemain. C’est le même mécanisme que l’on observe chez les pâquerettes ou les ficoïdes, et il est particulièrement utile dans les climats où les nuits sont humides.

La seconde raison est une question d’économie. Les pollinisateurs de ces plantes ne volent pas la nuit ni par temps froid : garder une fleur ouverte pour personne n’a aucun intérêt. Le cornet fermé limite aussi la déperdition de chaleur et protège les organes reproducteurs des insectes nocturnes qui viendraient grignoter. La fleur ne « boude » donc pas, elle fait exactement son travail.

Le test qui vous dira si votre balcon convient

Avant d’acheter, observez votre balcon un jour de beau temps, à trois moments : dix heures, quatorze heures, dix-sept heures. Comptez les heures de soleil direct sur l’emplacement précis où le pot irait, pas sur le balcon en général. En dessous de cinq à six heures, les gazanias resteront fermés une bonne partie de la journée, et rien n’y changera.

  • plein sud dégagé : fleurs ouvertes de neuf heures à dix-huit heures, c’est l’idéal
  • plein ouest : ouverture vers midi et fermeture tardive, le meilleur compromis si vous rentrez le soir
  • plein est : belle ouverture le matin, refermeture dès quinze ou seize heures, frustrant après le travail
  • sud-est avec un mur clair en face : la lumière réfléchie prolonge l’ouverture d’une bonne heure
  • nord, ou sous une avancée de balcon : les boutons ne s’ouvrent quasiment jamais, n’insistez pas

Le substrat : du sable, pas de terreau gras

Je mélange deux tiers de terreau et un tiers de sable de rivière grossier, ou de pouzzolane fine. Le but est d’obtenir un substrat qui ne retient pas l’eau plus de quelques heures autour du collet. Un terreau seul, surtout un terreau bon marché plein de tourbe compactée, se gorge d’eau et fait pourrir la plante en quinze jours.

J’ajoute systématiquement trois à quatre centimètres de gravier au fond du pot, et je choisis des contenants larges plutôt que profonds, vingt à vingt-cinq centimètres de diamètre pour trois pieds. Le gazania s’étale, il ne plonge pas. Une coupe en terre cuite, poreuse, lui va nettement mieux qu’un pot plastique qui garde l’humidité au fond.

Arroser une plante qui déteste l’eau

La logique est inverse de celle des plantes de balcon habituelles. J’attends que le substrat soit sec en profondeur, pas seulement en surface, ce qui donne un arrosage tous les cinq à sept jours en juillet pour une coupe exposée plein sud. En mai ou en septembre, c’est tous les dix à douze jours.

J’arrose au pied, jamais sur le feuillage, et jamais le soir. L’eau qui reste toute la nuit dans le cœur de la touffe est la cause principale de pourriture. Je vide la soucoupe sans exception, et pendant les périodes pluvieuses de septembre je déplace carrément les pots sous l’avancée du balcon. C’est le seul entretien un peu contraignant de cette plante.

Les fleurs fanées et la deuxième vague

Le gazania fleurit de juin à octobre, mais avec un creux fin juillet si on le laisse faire. Ce creux correspond à la fructification : la plante fabrique des akènes plumeux et met sa floraison en pause. Supprimer les fleurs fanées à la base de leur tige, une fois par semaine, supprime le creux.

Je profite du même passage pour couper les feuilles jaunies au ras du collet, ce qui aère la touffe et limite les pourritures. Vingt minutes tous les dimanches suffisent pour une dizaine de pots. C’est probablement le geste avec le meilleur rapport effort-résultat sur un balcon fleuri, toutes plantes confondues.

Ce qui la tue vraiment : l’hiver humide

On lit souvent que le gazania est gélif, et c’est vrai à moitié. Il supporte des pointes à moins cinq degrés dans un sol parfaitement drainé. Ce qui le tue, c’est la combinaison froid plus humidité stagnante, très fréquente en hiver dans un pot posé sur une dalle mouillée en permanence.

Dans le Midi ou sur la côte atlantique abritée, des pieds passent l’hiver dehors sans problème sur un mur bien exposé. En Anjou, je perds environ un pied sur deux si je tente. La solution que j’ai adoptée est différente et beaucoup plus fiable : je ne cherche plus à sauver les pieds, je fabrique des remplaçants.

Bouturer en août plutôt que racheter

Les gazanias se bouturent avec une facilité déconcertante. Mi-août, je prélève des rosettes latérales avec un morceau de tige de trois à quatre centimètres, je supprime les feuilles du bas, et je les pique dans un mélange moitié sable moitié terreau, à peine humide. Je les laisse à l’ombre claire, dehors, sans cloche.

En trois semaines la plupart ont raciné. Je les rentre en octobre dans une pièce fraîche et lumineuse, hors gel, et je les arrose une fois par mois. En avril, j’ai des jeunes plants vigoureux et gratuits, qui fleuriront trois semaines plus tôt que des godets achetés en mai. C’est devenu un rituel de fin d’été.

Semer soi-même : le calendrier

Le semis est l’autre voie, un peu plus longue mais très économique quand on veut couvrir plusieurs jardinières. Je sème fin février ou début mars en caissette, à dix-huit ou vingt degrés, en recouvrant à peine les graines. La levée prend une à deux semaines, et il faut compter douze à quatorze semaines entre le semis et la première fleur.

Le point délicat est la période intermédiaire : des jeunes plants dans une pièce chauffée s’étiolent très vite. Dès que les vraies feuilles sont là, je les sors en journée sur le rebord, dès que la température dépasse douze degrés. La mise en place définitive attend la mi-mai, après les dernières gelées.

Le conseil de Sophie. Si votre balcon donne à l’est et que vous rentrez le soir, prenez plutôt des gazanias pour la vue depuis la fenêtre le matin, et mettez des sauges ou des lantanas là où vous vous asseyez.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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