Framboisiers : coupez les cannes qui ont donné, gardez les vertes, sinon rien l'an prochain

Framboisiers : coupez les cannes qui ont donné, gardez les vertes, sinon rien l’an prochain

Un framboisier qui donne généreusement une année puis presque rien la suivante, ce n’est presque jamais une histoire d’engrais ni de maladie. C’est un problème de taille, ou plutôt de taille faite au mauvais endroit. J’ai mis trois saisons à comprendre ce que je coupais de travers dans ma propre rangée, et depuis, la récolte ne bouge plus.

Une canne de framboisier ne vit que deux ans

Le framboisier est vivace par la souche, pas par les tiges. Ce que l’on appelle une canne est une pousse bisannuelle : elle sort de terre au printemps, grandit tout l’été sans rien produire, passe l’hiver, fructifie l’année suivante, puis meurt. Elle meurt vraiment, ce n’est pas une image. Une fois la récolte terminée, cette tige ne produira plus jamais une seule framboise, quoi que vous lui donniez comme compost ou comme eau.

Pendant ce temps, la souche envoie chaque printemps de nouvelles cannes, souvent à quelques dizaines de centimètres du pied d’origine. Ce sont elles qui porteront les fruits de l’année suivante. Tout le travail du jardinier consiste donc à faire de la place à ces jeunes pousses en éliminant les anciennes. Si vous laissez le bois mort en place, il occupe l’espace, prive de lumière les cannes vertes, retient l’humidité et abrite les larves qui passeront l’hiver au chaud.

Reconnaître une canne épuisée en trois secondes

Nul besoin d’être expert : une canne finie se voit et s’entend. Son écorce se détache en fines lanières beige, le bois est sec, creux, il casse net au lieu de plier. Elle porte souvent encore, à son sommet, les restes desséchés des grappes de l’été. Une canne à garder est au contraire souple, lisse, verte ou brun-rouge selon la variété, et elle plie sans se rompre quand vous la couchez doucement.

  • écorce qui pèle en lanières beige : canne terminée, à couper
  • bois qui craque net et sec quand vous le pliez : canne terminée
  • tige souple, verte ou brun-rouge lisse, sans grappes sèches : canne à garder
  • pousse basse de moins de 40 cm en fin de saison : à supprimer, elle ne donnera rien

Les framboisiers non remontants : une taille, en été

Les variétés dites d’été, ou non remontantes, ne donnent qu’une seule récolte, généralement de fin juin à mi-juillet chez moi en Anjou. Elles fructifient exclusivement sur les cannes de l’année précédente. La règle est donc limpide : dès que la dernière framboise est cueillie, vous coupez au ras du sol toutes les cannes qui ont porté des fruits, sans exception, et vous ne touchez pas aux vertes.

Attendre l’hiver pour le faire n’est pas une faute grave, mais c’est du travail perdu. En coupant en juillet, vous rendez immédiatement lumière et sève aux jeunes cannes, qui grossissent nettement mieux pendant les deux mois qui restent. Une canne bien nourrie en août sera une canne chargée en juin suivant : c’est aussi mécanique que cela.

Les remontants, là où tout le monde se trompe

Les remontants produisent deux fois : une petite récolte en juin sur le bois de l’an passé, puis une récolte plus abondante de fin août à octobre, au sommet des cannes de l’année. Cette double vie explique la confusion générale. Si vous rasez tout à l’automne, vous supprimez la récolte de juin ; si vous ne coupez jamais rien, vous obtenez un buisson inextricable qui donne des fruits petits et rares.

La méthode que je pratique est intermédiaire. En février, je raccourcis les cannes qui ont fructifié à l’automne juste sous la zone desséchée, là où le bois redevient ferme, en général au tiers supérieur. Ces cannes rabattues donneront la récolte de juin, après quoi je les supprime entièrement au ras du sol. Une canne remontante vit donc un peu plus longtemps qu’une canne d’été, mais elle finit exactement de la même manière.

Couper au ras du sol, pas à dix centimètres

Un chicot de dix centimètres est une porte d’entrée. Le bois creux se remplit d’eau, pourrit, et sert d’abri à la larve de l’anthonome ou du ver des framboises. Coupez à un ou deux centimètres du sol, à la cisaille bien affûtée, franchement, sans écraser. Sur les vieilles touffes, un sécateur de force ou un ébrancheur passe mieux qu’un sécateur de jardin ordinaire.

Désinfectez la lame entre deux pieds si vous avez repéré des taches sombres allongées sur les tiges, signe possible de didymella. Un chiffon imbibé d’alcool à brûler suffit, ce n’est pas de la coquetterie : les maladies de tige du framboisier voyagent surtout sur les outils et par les blessures.

Éclaircir les jeunes cannes, sinon rien ne grossit

Une souche vigoureuse peut sortir douze à quinze cannes. C’est trop. Sur un rang, je garde six à huit cannes par mètre linéaire, espacées d’une quinzaine de centimètres, en conservant les plus grosses et les mieux placées. Sur un pied isolé, cinq à six cannes suffisent largement. Le reste part au ras, y compris les drageons qui sortent à un mètre du rang et colonisent l’allée.

Cet éclaircissage est aussi important que la suppression du bois mort, et c’est celui qu’on saute le plus souvent par crainte de « perdre » des tiges. On ne perd rien : le poids total de fruits ne dépend pas du nombre de cannes mais de la lumière reçue par chacune. Huit cannes bien éclairées donnent plus que quinze cannes serrées, et les framboises y sont deux fois plus grosses.

La tonte d’automne intégrale : une méthode, pas une règle

On lit partout qu’il faut tout raser à l’automne. C’est une pratique réelle, mais qui ne s’applique qu’aux remontants, et qui a un prix : vous renoncez à la récolte de juin pour concentrer toute la production sur l’automne. Sur un petit jardin où l’on veut des framboises longtemps, c’est un mauvais calcul. Sur une plantation de plein champ, où l’on cherche une seule récolte facile à mécaniser, cela se défend.

Appliquée à un framboisier non remontant, en revanche, cette tonte intégrale supprime purement et simplement la récolte de l’année suivante. C’est l’erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Avant de sortir la cisaille en novembre, assurez-vous de savoir laquelle des deux familles vous avez sous les yeux ; en cas de doute, ne coupez que le bois manifestement sec.

Ce que je fais des cannes coupées

Les cannes saines finissent broyées et servent de paillage, mais pas au pied des framboisiers eux-mêmes : je les mets sous les groseilliers ou dans les allées, pour éviter de recycler d’éventuels parasites au même endroit. Le bois de framboisier est creux et léger, il se broie très facilement, même à la tondeuse en passant dessus.

Les cannes tachées, éclatées ou couvertes de moisissure grise, je les sors du jardin et je les brûle quand c’est autorisé, ou je les mets en déchetterie verte. Le compost domestique ne monte pas assez haut en température pour détruire de façon fiable les spores de maladies de tige, et une année de didymella suffit à gâcher trois saisons.

Palisser les vertes avant les coups de vent

Une canne de deux mètres non attachée casse à la base au premier coup de vent d’octobre, et vous perdez la récolte qu’elle portait. Deux fils tendus entre deux piquets, l’un à 70 cm et l’autre à 130 cm, règlent le problème pour dix ans. J’attache sans serrer, avec du lien souple, en laissant la canne libre de grossir.

Sur les remontants, palissez aussi les cannes de l’année en août : chargées de fruits au sommet, elles se couchent et les framboises touchent le sol, où elles pourrissent en deux jours de pluie. Un simple tuteur de bambou par touffe fait l’affaire sur un petit massif.

Le calendrier que je suis en Anjou

Mi-juillet, dès la dernière cueillette d’été, je coupe au ras les cannes fructifères des non remontants et j’éclaircis les jeunes. Fin août, je palisse ce qui se couche. Novembre, je paille au pied avec du compost mi-mûr et des feuilles mortes, sans jamais butter contre les tiges. Février, je rabats le sommet sec des remontants et je supprime les cannes chétives.

Ce calendrier tient en quatre interventions courtes, une demi-heure chacune sur une dizaine de pieds. Rien de tout cela ne demande d’outil particulier ni d’expérience. La seule chose qui compte, c’est de garder en tête la règle de base : ce qui a donné ne redonnera pas, ce qui est vert donnera.

Le conseil de Sophie. Si vous n’avez qu’une minute par an à consacrer à vos framboisiers, coupez au ras tout ce qui est sec et brun juste après la récolte, et ne touchez à rien d’autre : vous ferez déjà quatre-vingts pour cent du travail utile.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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