Fourmis dans les jardinières : elles élèvent des pucerons, voici le lien

Fourmis dans les jardinières : elles élèvent des pucerons, voici le lien

Un matin de juin, j’ai vu une file de fourmis monter le long du tuteur de mon dipladénia, entrer dans le feuillage, et redescendre par le même chemin. J’ai d’abord cru à un simple passage. En écartant les feuilles, j’ai trouvé la vraie raison : la face inférieure des jeunes pousses était couverte de pucerons verts. Les fourmis n’étaient pas le problème, elles étaient le panneau indicateur.

Ce que les fourmis viennent chercher dans un pot

Une fourmi ne mange pas vos plantes. Elle ne ronge ni les feuilles, ni les racines, ni les tiges. Ce qui l’attire dans une jardinière est de la nourriture sucrée, un abri sec et meuble pour installer un nid, et une température agréable. Un terreau de balcon, bien drainé et chauffé par le soleil, remplit parfaitement ces deux dernières conditions.

Mais la raison de très loin la plus fréquente d’un va-et-vient organisé, en file, du sol jusqu’au feuillage, est alimentaire. Cette file signifie que quelque chose de sucré se trouve en haut. Et sur une plante, ce quelque chose est presque toujours du miellat produit par des insectes suceurs de sève.

Le miellat, la monnaie d’échange

Les pucerons, les cochenilles et les aleurodes se nourrissent de la sève élaborée, très riche en sucres et pauvre en protéines. Pour obtenir assez d’azote, ils doivent en absorber des quantités énormes et rejettent l’excédent sous forme de gouttelettes sucrées, le miellat. C’est ce liquide collant que vous retrouvez sur les feuilles du dessous et sur le sol du balcon.

Pour une fourmi, c’est une source de sucre inépuisable, stable et facile d’accès. Elle n’a aucune raison de s’en priver, et elle a toutes les raisons de protéger cette ressource. C’est ici que la relation cesse d’être un simple opportunisme et devient une véritable exploitation organisée.

L’élevage, ce n’est pas une image

Les fourmis caressent les pucerons de leurs antennes pour déclencher l’émission d’une gouttelette, exactement comme on traie un animal. Elles transportent des individus d’une tige à l’autre pour coloniser les jeunes pousses tendres, et certaines espèces mettent les œufs à l’abri dans la fourmilière pendant l’hiver pour les ressortir au printemps.

Surtout, elles défendent activement leur troupeau. Elles chassent les larves de coccinelles, les syrphes et les chrysopes, qui sont précisément les auxiliaires qui régulent naturellement les pucerons sur un balcon. Là où les fourmis montent la garde, une colonie de pucerons se développe plusieurs fois plus vite qu’ailleurs, faute de prédateurs.

Est-ce que les fourmis abîment la plante ?

Pas directement, et il faut le dire clairement pour éviter des traitements inutiles. Aucune fourmi de nos balcons ne consomme de tissu végétal vivant. Les dégâts que vous constatez, feuilles collantes, pousses déformées, fumagine noire qui s’installe sur le miellat, sont l’œuvre des pucerons, pas des fourmis.

Il existe toutefois un vrai dommage indirect quand un nid s’installe dans le pot lui-même. Les galeries creusées dans la motte créent des poches d’air, l’eau d’arrosage s’y engouffre et traverse sans mouiller les racines. La plante flétrit alors alors que vous arrosez normalement, et c’est un symptôme qu’on attribue presque toujours à autre chose.

Le diagnostic en trois minutes

Avant de faire quoi que ce soit, prenez le temps de regarder. La distinction entre un nid dans le pot et une simple exploitation de pucerons change complètement la marche à suivre :

  • une file régulière qui monte et descend le long d’une tige : ce sont des pucerons ou des cochenilles, cherchez sous les jeunes feuilles
  • des fourmis qui sortent du terreau en désordre quand vous arrosez, et de la terre fine remontée en surface : il y a un nid dans le pot
  • des feuilles collantes et brillantes, parfois noircies : le miellat est déjà abondant, la colonie est installée depuis plusieurs semaines
  • des fourmis ailées en juin ou juillet : c’est le vol nuptial, un phénomène saisonnier de quelques jours qui ne demande aucune intervention

Commencer par les pucerons, jamais par les fourmis

C’est le renversement de logique qui fait toute la différence. Tuer les fourmis sans toucher aux pucerons ne règle rien : la colonie de pucerons continue de grossir, le miellat continue de couler, et d’autres fourmis prendront la place en quelques jours. Vous vous épuisez sur le symptôme.

À l’inverse, supprimez la source de sucre et les fourmis désertent d’elles-mêmes, sans que vous ayez à les combattre. En pratique, deux ou trois interventions sur les pucerons suffisent presque toujours à faire disparaître complètement le trafic sur la plante. C’est plus rapide, moins coûteux et sans effet sur les auxiliaires.

Le jet d’eau et le savon noir

Commencez par le plus simple : un jet d’eau ferme sous les feuilles, en soutenant la tige de l’autre main. Un puceron délogé ne remonte que très rarement sur la plante. Sur une jeune colonie, cette seule opération répétée deux ou trois jours de suite suffit dans bien des cas.

Si l’infestation est installée, passez au savon noir liquide, à raison d’une cuillère à soupe, soit environ quinze millilitres, par litre d’eau tiède. Pulvérisez le soir, en insistant sous les feuilles, et rincez à l’eau claire le lendemain matin pour ne pas obstruer les stomates. Renouvelez à trois ou quatre jours d’intervalle, deux fois. Testez d’abord sur une feuille des plantes à feuillage fin.

Couper la route sans produit

Si vous voulez en plus empêcher physiquement les fourmis de remonter, la barrière la plus efficace sur un balcon est une bande adhésive double face collée autour du tronc ou du tuteur, ou un anneau de graisse végétale de dix centimètres de large. Renouvelez tous les quinze jours, le passage des poussières finit par les rendre franchissables.

Vérifiez surtout qu’il n’y a pas de pont ailleurs : une feuille qui touche le mur, un tuteur appuyé contre la rambarde, une tige de plante voisine. Les fourmis trouvent toujours le contournement, et une barrière posée sur un seul chemin sur deux ne sert absolument à rien.

Déloger un nid installé dans la motte

Quand la fourmilière est dans le pot, la méthode la plus fiable et la plus douce est l’immersion. Plongez le pot dans une bassine d’eau à température ambiante, jusqu’à un ou deux centimètres au-dessus du niveau du terreau, et laissez vingt à trente minutes. Les fourmis remontent et évacuent, et la motte se réhydrate au passage.

Sortez ensuite le pot, laissez-le égoutter longuement, et déplacez-le à un autre endroit du balcon pour couper les repères de piste. Si la colonie revient, il faut se résoudre à rempoter en changeant le terreau et en rinçant les racines. Une fois n’est pas coutume, c’est la solution définitive.

Ce qui ne marche pas, et ce que j’évite

Le marc de café, la craie, la cannelle et les zestes d’agrume circulent partout et ne résistent pas à l’observation : les fourmis les contournent en une journée. Le mélange bicarbonate et sucre est présenté comme une astuce naturelle, mais son efficacité n’est pas démontrée et il tue sans distinction.

J’évite aussi les insecticides à large spectre, y compris ceux vendus comme naturels : ils déciment les coccinelles et les syrphes bien plus efficacement que les pucerons, et vous laissent avec un balcon sans aucun régulateur naturel. Quant à la terre de diatomée, elle fonctionne mais seulement au sec, et elle est mortelle pour tous les insectes qui la traversent, auxiliaires compris.

Le conseil de Sophie. Passez un doigt sous les jeunes pousses avant même de chercher les fourmis : si c’est collant, vous avez votre réponse et vous savez par quoi commencer.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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