Cerisier nain en pot : des cerises sur un balcon, la variété qui marche

Cerisier nain en pot : des cerises sur un balcon, la variété qui marche

Je vois passer beaucoup d’arbustes vendus sous l’étiquette « cerisier nain pour balcon », et j’en ai testé trois. Deux ont dépassé les trois mètres en quatre ans, le troisième produit toujours ses cerises dans un pot de 70 litres. La différence ne tenait pas à la variété affichée sur l’étiquette, mais à quelque chose qu’on ne mentionne presque jamais : le porte-greffe.

Le mot « nain » ne veut pas dire grand-chose

Un cerisier est composé de deux plantes soudées : la variété du haut, qui donne le goût et la couleur des fruits, et le porte-greffe du bas, qui commande la vigueur et donc la taille finale. Vous pouvez greffer la même variété sur deux porte-greffes différents et obtenir un arbre de deux mètres ou de sept.

Un cerisier étiqueté « nain » sans autre précision est donc une loterie. Parfois c’est un vrai porte-greffe nanifiant, parfois c’est une variété à port compact greffée sur du merisier ordinaire, qui finira par soulever votre pot. Demandez toujours le nom du porte-greffe avant d’acheter : un vendeur sérieux le connaît.

Les porte-greffes qui tiennent vraiment en pot

Trois noms méritent d’être retenus. Tabel Edabriz est le plus faible de tous, autour de 20 à 30 pour cent de la vigueur d’un merisier, ce qui donne un arbre de deux mètres environ : c’est celui que je conseille pour un balcon. Gisela 5 tourne autour de 50 pour cent, soit trois mètres, gérable dans un très grand bac avec une taille annuelle.

Maxma 14 est intéressant sur sol calcaire mais reste trop vigoureux pour un conteneur. Retenez surtout que plus le porte-greffe est faible, plus l’arbre fructifie tôt, souvent dès la deuxième ou troisième année, et plus il exige d’être arrosé régulièrement, car son système racinaire est réduit.

L’autofertilité, l’autre condition non négociable

Beaucoup de cerisiers ont besoin d’une variété compatible à proximité pour être pollinisés. Sur un balcon, où vous n’aurez qu’un seul arbre, il vous faut impérativement une variété autofertile, qui se féconde avec son propre pollen.

Les valeurs sûres sont Stella, la première autofertile diffusée largement, Lapins, très productive et à gros fruits, Sunburst, sucrée et précoce, et Sweetheart, la plus tardive du lot. Toutes existent greffées sur Gisela 5. Attention en revanche à Burlat, Napoléon ou Reverchon, délicieuses mais strictement autostériles : seules, elles ne donneront rien.

Les griottes, mon choix pour un balcon

Si je devais recommander un seul arbre, ce serait une griotte plutôt qu’un bigarreau. Montmorency ou Griotte du Nord sont naturellement autofertiles, naturellement moins vigoureuses, elles supportent une exposition moins ensoleillée, et elles fleurissent plus tard, ce qui les met souvent à l’abri des gelées d’avril.

Le fruit est acide, on ne le croque pas comme un bigarreau. Mais en clafoutis, en confiture, au sirop ou séché, il est incomparable, et les oiseaux s’y intéressent nettement moins. Sur un pot de 60 litres, ma Montmorency donne trois kilos par an sans que j’aie à me battre pour les défendre.

Le pot, la terre, le drainage

Soixante litres est un minimum, quatre-vingts est plus confortable, avec 50 centimètres de profondeur au moins. Le cerisier redoute par-dessus tout l’asphyxie racinaire : une seule saison les pieds dans l’eau et vous verrez de la gomme suinter du tronc.

Je pose cinq centimètres de graviers au fond, je perce généreusement, et je surélève le pot sur des cales. Le mélange : moitié terre de jardin, un quart de terreau, un quart de compost, plus une bonne poignée de sable grossier. Le cerisier n’aime ni les sols acides ni les substrats trop riches, qui font pousser du bois au détriment des fleurs.

Le froid de l’hiver est un besoin, pas un risque

On me demande souvent s’il faut rentrer l’arbre. Surtout pas. Le cerisier a besoin d’un cumul de froid hivernal, de l’ordre de 800 à 1 200 heures en dessous de 7 degrés selon les variétés, faute de quoi la floraison sera anarchique ou inexistante au printemps.

Le seul point de vigilance concerne, là encore, la motte. En dessous de moins huit degrés prolongés, les racines en pot gèlent alors que celles en pleine terre seraient protégées. Un voile d’hivernage autour du contenant, ou le pot poussé contre un mur et calé dans un carton rempli de feuilles mortes, suffit largement.

Arroser régulièrement, sinon les cerises éclatent

Les cerises éclatent surtout après une pluie, on le sait. Ce qu’on sait moins, c’est que l’irrégularité de l’arrosage produit exactement le même effet : un arbre laissé à sec dix jours puis abondamment arrosé verra ses fruits se fendre en quelques heures, parce que la pulpe gonfle plus vite que la peau ne s’étire.

En période de grossissement des fruits, de fin avril à la récolte, j’arrose donc peu mais souvent, quatre à six litres tous les deux jours plutôt que quinze litres le dimanche. Un paillage de cinq à huit centimètres lisse les à-coups et me fait gagner un arrosage sur trois.

La mouche du cerisier : misez sur la précocité

Le pire ennemi de la cerise en France, aujourd’hui, s’appelle Drosophila suzukii. Cette petite mouche pond dans les fruits en cours de maturation, et vous ne découvrez les asticots qu’au moment de manger. Ses populations deviennent réellement nuisibles à partir de la mi-juin, quand la chaleur s’installe.

  • Choisissez une variété précoce, récoltée avant le 15 juin : c’est de loin la protection la plus efficace.
  • Un filet à mailles de 0,8 à 1 millimètre maximum, posé dès la véraison et refermé au sol, bloque la mouche ; une maille de 5 millimètres ne sert qu’à écarter les oiseaux.
  • Ramassez et éliminez tous les fruits tombés ou abîmés, qui servent de réservoir pour la génération suivante.
  • Récoltez tôt le matin et ne laissez jamais de cerises trop mûres sur l’arbre.

La taille se fait en été, jamais en hiver

C’est la règle qui distingue les arbres à noyau des arbres à pépins, et elle ne souffre pas d’exception. Une plaie faite en hiver sur un cerisier cicatrise mal et laisse entrer les maladies, avec pour conséquence classique un écoulement de gomme ambrée sur le tronc.

Je taille donc juste après la récolte, entre fin juin et fin août, par temps sec. Je me contente d’aérer le centre, de raccourcir les branches trop longues et de supprimer le bois mort ou les rameaux qui se croisent. Sur un arbre en pot, un tiers du volume retiré chaque été suffit à le contenir durablement.

Monilia, gomme et autres contrariétés

Le monilia est la maladie que vous rencontrerez le plus souvent : des fleurs qui brunissent d’un coup au printemps, des rameaux qui se dessèchent en crosse, des fruits momifiés qui restent accrochés tout l’hiver. Le remède est mécanique : coupez quinze centimètres sous la zone atteinte, sortez ces déchets du balcon, et retirez systématiquement les momies.

L’écoulement de gomme, lui, n’est pas une maladie mais un symptôme : excès d’eau, plaie mal faite, taille au mauvais moment ou coup de sécateur trop sévère. Cherchez la cause dans vos propres gestes des mois précédents avant d’accuser un ravageur.

Le conseil de Sophie. Retournez le pot une fois par an pour vérifier qu’aucune racine ne s’échappe par les trous de drainage : c’est le signal qu’il faut rempoter, et sur un cerisier nain cela arrive vers la quatrième année.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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