Cœur de céleri : le remettre dans l'eau, il repousse

Cœur de céleri : le remettre dans l’eau, il repousse

Chaque semaine, le pied de mon céleri branche part au compost sans que j’y réfléchisse. L’hiver dernier, j’ai gardé les six derniers pour les poser dans une soucoupe d’eau, sur un rebord orienté nord. Ça repousse, c’est vrai. Mais autant le dire tout de suite : vous ne récupérerez pas une botte, vous récupérerez du feuillage.

Ce qui repousse, et ce qui ne repousse pas

Le céleri branche est une bisannuelle. La botte que vous achetez est une touffe de pétioles serrés autour d’un bourgeon central, posée sur un plateau ligneux qui est le reste du système racinaire. En tranchant à cinq centimètres du bas, vous conservez ce bourgeon, son plateau et des réserves de sucres. Il redémarre tout seul, sans que vous ayez rien à faire.

Les grosses côtes croquantes, en revanche, ne reviennent pas. Elles se sont construites en cinq mois sur une plante entière, avec des racines qui allaient chercher l’eau à trente centimètres et un sol riche. Un tronçon dans une soucoupe n’a rien de tout ça. Il produit des feuilles vert clair sur des pétioles fins de dix à quinze centimètres, très parfumés et un peu amers. Une herbe, pas un légume.

Choisir le bon pied dès le magasin

Tout se joue à l’achat, et c’est la partie que personne ne mentionne. La base doit être blanche à crème, ferme sous le pouce, coupée net et sans fente. Une base brunie sur un centimètre, molle ou qui suinte a déjà commencé à se décomposer et ne repartira pas, quoi que vous fassiez ensuite.

Méfiez-vous aussi des bottes parées trop bas : tranchées à trois centimètres du sol, elles ont souvent perdu une partie du bourgeon. J’ai remarqué que les céleris vendus entiers, feuillage attaché, repartent nettement mieux que ceux emballés sous film, dont la base a séjourné plusieurs jours dans l’eau des bacs réfrigérés.

La coupe : cinq centimètres, pas moins

Couteau propre et bien aiguisé, coupe franche et perpendiculaire aux côtes, à cinq centimètres du bas. Une lame émoussée écrase les tissus sur un ou deux millimètres, et cette zone écrasée est exactement l’endroit par où les bactéries s’installent. Un seul geste appuyé vaut mieux que dix allers-retours de scie.

Retirez ensuite les deux ou trois côtes extérieures fibreuses ou tachées, en tirant vers le bas pour les détacher proprement : ce sont elles qui pourrissent en premier et contaminent le reste. Ne rincez pas l’intérieur du cœur sous le robinet, car l’eau piégée entre les jeunes pétioles est la cause la plus fréquente de moisissure grise au cinquième jour.

L’eau, le contenant, la lumière

Prenez une soucoupe large plutôt qu’un verre. La base doit reposer à plat, immergée sur un centimètre et demi à deux centimètres seulement, tout le reste du cœur restant à l’air libre. Dans un verre étroit, le tronçon est noyé sur cinq centimètres, il manque d’oxygène et il tourne en une semaine.

Changez l’eau tous les jours, pas tous les trois jours, et rincez la soucoupe au passage : un film gluant se forme vite au fond. Installez le tout en lumière vive mais sans soleil direct derrière la vitre, entre quinze et vingt degrés. Mon rebord nord à dix-sept degrés a donné de bien meilleurs résultats que le rebord sud.

Le calendrier, jour après jour

Au deuxième jour, un point vert minuscule apparaît au centre. Au quatrième ou cinquième, deux petites feuilles de deux centimètres se déploient. Vers le dixième jour, vous avez une rosette de six à huit centimètres, très verte, et parfois les premières racines blanches d’un ou deux millimètres autour du plateau.

Ensuite, si vous ne faites rien, les réserves s’épuisent. Entre le douzième et le vingtième jour, les feuilles pâlissent, les côtes extérieures deviennent translucides et une odeur aigre s’installe. Le pied ne meurt pas d’un coup, il s’étiole doucement. C’est le signal qu’il faut soit consommer, soit passer à l’étape suivante.

Le passage en terre, l’étape que tout le monde saute

Pour que l’affaire dure plus de trois semaines, mettez le tronçon en pot vers le dixième jour, dès l’apparition des premières racines. Un pot de quinze centimètres de diamètre, du terreau ordinaire, la base enterrée sur un ou deux centimètres et le cœur bien dégagé au-dessus de la surface. Arrosez pour tasser, puis gardez le terreau frais sans le détremper.

La plante cesse alors de vivre sur ses réserves et fabrique ses propres sucres. En deux mois, sur un rebord lumineux, j’obtiens une touffe de vingt-cinq centimètres dont je prélève des feuilles chaque semaine. Les pétioles restent fins, mais le feuillage est abondant et il repousse. C’est la seule version de cette astuce qui produise quelque chose sur la durée.

Les gestes qui font pourrir le cœur

Presque tous les échecs que j’ai vus, chez moi ou chez des lectrices, tiennent à la même poignée de détails.

  • Immerger le tronçon sur plus de deux centimètres : le cœur asphyxié brunit par le centre.
  • Garder la même eau plusieurs jours, surtout au-dessus de vingt degrés.
  • Laisser de l’eau piégée entre les jeunes pétioles après un rinçage.
  • Poser la soucoupe en plein soleil derrière une vitre, où l’eau monte à trente degrés.
  • Ajouter du sucre, du miel ou de l’engrais liquide : ça nourrit les bactéries, pas la plante.
  • Couper trop bas et emporter le bourgeon central avec la botte.

Ce que valent ces feuilles, et le rendement réel

Le feuillage de céleri est plus puissant que les côtes, avec une amertume nette. Je le hache finement dans une salade de pommes de terre, je le jette entier dans un bouillon de légumes, ou je le fais sécher à plat trois ou quatre jours avant de l’écraser avec du gros sel. Une poignée de feuilles séchées remplace très bien un cube de bouillon.

Comptons franchement le rendement : sur trois semaines, un tronçon m’a donné vingt à trente grammes de feuilles, soit l’équivalent d’un petit bouquet d’herbes. Le coût est nul puisque ce déchet partait au compost, mais ce n’est pas une production. Et ne consommez jamais un tronçon dont l’eau a tourné ou qui sent l’aigre, même si les feuilles du dessus paraissent saines.

L’année suivante, la surprise des graines

Plantez le tronçon au jardin au printemps, laissez-le passer l’hiver, et il fera ce que fait toute bisannuelle : une hampe d’un mètre vingt et de larges ombelles blanc verdâtre l’été suivant. Les syrphes s’y pressent pendant trois semaines, et leurs larves nettoient consciencieusement les pucerons des rangs voisins.

Récoltez les graines quand les ombelles brunissent, frottez-les entre les mains et conservez-les au sec. Elles servent d’épice et germent l’année suivante si elles ont moins de deux ans. C’est finalement le meilleur usage du pied replanté : non pas produire des côtes, mais fournir des fleurs à vos auxiliaires et des graines à votre placard.

Le conseil de Sophie. Lancez deux pieds en même temps, l’un gardé dans l’eau du début à la fin, l’autre rempoté au dixième jour : au bout d’un mois la différence est si nette que vous ne repasserez plus jamais par la soucoupe seule.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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