Bougainvillier en pot l'hiver : le rentrer dans une pièce froide, pas au salon

Bougainvillier en pot l’hiver : le rentrer dans une pièce froide, pas au salon

Le premier hiver, j’ai rentré mon bougainvillier dans le salon, près de la fenêtre, en me disant qu’il serait bien au chaud. En février il n’avait plus une feuille, les tiges étaient molles et couvertes de cochenilles farineuses. J’ai cru l’avoir sauvé du froid alors que je l’avais épuisé par la chaleur. Depuis, il passe l’hiver dans le garage, à sept ou huit degrés, et il en ressort en meilleur état chaque printemps.

Pourquoi le salon est le pire endroit

Un bougainvillier n’hiberne pas au sens strict, mais il ralentit fortement quand les jours raccourcissent. Dans une pièce à vingt degrés, ce ralentissement n’a pas lieu : la plante continue d’essayer de pousser alors que la lumière disponible ne représente qu’une fraction de ce qu’elle recevait en été. Le résultat porte un nom, l’étiolement.

Concrètement, elle produit de longues tiges pâles, avec de grandes feuilles molles et des entre-nœuds démesurés, qui n’ont aucune valeur pour la floraison suivante. Ajoutez l’air sec du chauffage, et vous obtenez le terrain idéal pour les cochenilles farineuses et les araignées rouges, qui prospèrent entre dix-huit et vingt-cinq degrés dans une atmosphère sèche. C’est très exactement ce qui est arrivé au mien.

La température qu’il lui faut vraiment

La cible se situe entre cinq et douze degrés, avec un optimum autour de huit à dix. Dans cette plage, la plante est au repos, elle ne consomme presque rien, et les ravageurs restent inactifs. Elle peut alors perdre tout ou partie de son feuillage sans que ce soit un problème.

Le seuil bas à ne pas franchir se situe autour de zéro. Le bougainvillier supporte quelques heures à un ou deux degrés au-dessus de zéro, encaisse mal une gelée légère, et meurt franchement en dessous de trois à quatre degrés négatifs, surtout en pot où la motte gèle vite. Un thermomètre à minima et maxima posé à côté du pot coûte quelques euros et vous évitera de découvrir le problème trop tard.

Les endroits qui marchent

Le local idéal est froid, hors gel, et un minimum éclairé. Chez moi c’est le garage, qui a une petite fenêtre et une porte vitrée, et qui descend rarement en dessous de six degrés. Une véranda non chauffée, une cage d’escalier d’immeuble, une chambre inoccupée dont on ferme le radiateur, un cellier avec soupirail font tout aussi bien l’affaire.

Voici comment je classe les possibilités les plus courantes :

  • garage ou véranda hors gel avec un peu de lumière : la meilleure solution, la plante garde souvent une partie de son feuillage ;
  • cave sombre et fraîche : acceptable si la température reste entre cinq et dix degrés, mais la plante perdra tout son feuillage, ce qui n’est pas grave ;
  • pièce chauffée devant une baie plein sud : à ne tenter que si vous n’avez rien d’autre, et en surveillant les cochenilles chaque semaine ;
  • balcon avec un simple voile d’hivernage en région à gelées : insuffisant, la motte gèle par le pot.

La lumière compte moins que vous ne croyez

C’est le point qui surprend le plus. Une fois la plante au repos et sans feuilles, elle n’a presque plus besoin de lumière, car elle ne photosynthétise plus. Un local sombre mais froid vaut mieux qu’un local clair mais chaud : c’est le couple lumière et température qui pose problème, pas la lumière seule.

Ce qui tue, c’est le déséquilibre. Beaucoup de chaleur et peu de lumière obligent la plante à puiser dans ses réserves pour fabriquer des pousses inutiles. Peu de chaleur et peu de lumière la mettent simplement en pause. Si votre local est très sombre, vous pouvez d’ailleurs rabattre la plante avant de la rentrer, cela ne lui fera aucun mal.

L’arrosage hivernal : presque rien

C’est la deuxième erreur classique après la chaleur. Une plante au repos, sans feuilles, dans un substrat frais, ne transpire plus. Continuer à l’arroser comme en été revient à noyer les racines dans une terre qui ne sèche pas, et la pourriture s’installe en quelques semaines.

Je passe à un arrosage toutes les trois à quatre semaines, l’équivalent d’un demi-litre pour un pot de 35 cm, juste de quoi éviter que la motte ne se dessèche complètement. Aucun engrais entre novembre et mars, jamais. Et je vide systématiquement la soucoupe : en hiver, une soucoupe pleine est bien plus dangereuse qu’un oubli d’arrosage.

Quand le rentrer, exactement

Je ne rentre pas au premier coup de froid. Un passage à cinq ou six degrés en octobre est même utile, il aide la plante à entrer en dormance et à durcir ses tissus. Je surveille les prévisions et je rentre le pot quand on annonce trois degrés ou moins pour la nuit, généralement entre la mi-octobre et la mi-novembre en Anjou.

Avant de rentrer, je fais trois choses : je retire les feuilles mortes et les débris à la surface du pot, j’inspecte le dessous des feuilles et les aisselles à la recherche de cochenilles, et je taille légèrement pour que la plante tienne dans le local. Une plante rentrée avec des cochenilles contaminera tout ce qui hiverne à côté d’elle.

Ce qui se passe pendant l’hiver, et qui est normal

La chute des feuilles est normale, y compris totale. Un bougainvillier est semi-caduc : il réagit au froid et à la sécheresse en se déshabillant, et cela ne préjuge en rien de sa santé. Chaque année, le mien perd entre la moitié et la totalité de son feuillage entre novembre et janvier.

Pour vérifier qu’il est vivant, je gratte l’écorce d’une tige avec l’ongle sur un centimètre : si c’est vert dessous, tout va bien. Si c’est brun et sec, je remonte vers la base et je recommence, jusqu’à trouver du vert. Tant qu’il y a du vert au collet, il n’y a aucune raison de jeter la plante, même en mars.

La sortie de printemps, à ne pas précipiter

C’est le moment où l’on perd le plus de plantes, plus qu’en plein hiver. Une plante sortie d’un garage à huit degrés et posée en plein soleil au premier beau jour d’avril prend un choc thermique et lumineux, brûle ses jeunes feuilles, et peut geler si une nuit froide revient.

Je procède par étapes sur deux à trois semaines : d’abord dehors quelques heures à l’ombre, puis une demi-journée à mi-ombre, puis en plein soleil, et je ne laisse la plante dehors la nuit qu’une fois les gelées définitivement écartées, mi-mai chez moi. Je reprends l’arrosage progressivement et l’engrais seulement quand les premières nouvelles feuilles sont sorties.

Le cas des grands sujets qu’on ne peut pas déplacer

Un bougainvillier en bac de soixante centimètres, palissé contre un mur, ne se transporte plus. Dans ce cas, on protège sur place : le bac est le point faible, car les racines gèlent avant les tiges. J’enveloppe le contenant dans plusieurs épaisseurs de toile de jute ou de plastique à bulles, et je surélève le tout sur des cales pour l’isoler du sol froid.

La partie aérienne reçoit un ou deux voiles d’hivernage, posés sans serrer, avec de l’air entre le voile et les tiges. Cette protection fait gagner trois à quatre degrés, ce qui suffit en climat doux mais pas au-delà. Si vous vivez dans une région où il gèle à moins cinq régulièrement, le bougainvillier en extérieur permanent n’est pas raisonnable, même protégé.

Ce que ça change au printemps suivant

Un bougainvillier hiverné au frais redémarre plus tard qu’un bougainvillier gardé au chaud, souvent trois à quatre semaines de retard en avril. C’est déstabilisant la première année, on croit qu’il est mort pendant que le voisin exhibe déjà des feuilles. Mais il redémarre avec des pousses trapues, sur du bois solide, et il fleurit dès juin.

Celui que j’avais gardé au salon avait produit un mètre de tiges pâles en février, qu’il a fallu couper entièrement en avril, et il n’a pas fleuri de l’année. La différence ne se joue pas en hiver, elle se voit en juillet.

Le conseil de Sophie. Achetez un thermomètre à minima et maxima et posez-le à côté du pot dans le local d’hivernage : c’est la seule façon de savoir si votre garage descend vraiment sous zéro certaines nuits.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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