Basilic en hiver sur un rebord de fenêtre : possible, à cette condition

Basilic en hiver sur un rebord de fenêtre : possible, à cette condition

Tous les ans vers la mi-octobre, on me demande si l’on peut garder un pied de basilic vivant tout l’hiver derrière une vitre. La réponse est oui, mais pas pour les raisons qu’on croit, et pas dans n’importe quelle cuisine. J’ai fait l’essai six hivers de suite, avec des réussites franches et des échecs tout aussi francs. Ce qui les sépare tient à un seul paramètre.

Le froid n’est pas le premier coupable

On accuse toujours le froid, et il compte : le basilic vient des zones chaudes, sa croissance s’arrête vers 12 °C et ses tissus noircissent dès 5 ou 6 °C. Pourtant j’ai perdu des pieds en plein janvier dans une pièce à 21 °C, avec un terreau neuf et un arrosage irréprochable.

Ce qui les tue est un déséquilibre. À 20 °C la plante respire jour et nuit et brûle ses réserves, pendant qu’elle ne photosynthétise presque plus. Le pied s’étire, les entre-nœuds passent de deux à sept centimètres, les feuilles pâlissent et perdent leur odeur. Ce n’est pas une plante qui gèle, c’est une plante qui jeûne.

La condition qui décide de tout

La voici : il faut lui donner nettement plus de lumière qu’une fenêtre n’en fournit entre novembre et février. Un basilic en pleine terre reçoit facilement 50 000 lux à midi en juillet ; derrière un vitrage orienté à l’est, un matin gris de janvier, on tombe à quelques centaines. L’écart n’est pas de 20 %, il est d’un facteur trente.

Deux situations tiennent la route. Soit vous disposez d’une baie plein sud sans vis-à-vis, et vous acceptez un pied au ralenti qui donnera quelques feuilles par semaine. Soit vous ajoutez une lampe, et là il pousse vraiment. Toute autre exposition ne donnera qu’un survivant filiforme que vous jetterez en février.

Une lampe, mais réglée simplement

Je n’ai jamais installé d’usine à gaz. Une lampe horticole à LED de 20 à 30 watts, suspendue 20 à 30 centimètres au-dessus du feuillage, suffit pour deux ou trois pots. Le point important est la durée : 12 à 14 heures par jour, sur une minuterie, du 1er novembre à fin février. Plus est inutile, la plante a besoin d’une nuit. Voici les repères que j’ai retenus après plusieurs saisons :

  • allumez au petit matin et coupez en début de soirée, le rythme reste cohérent avec la pièce
  • remontez la lampe si les feuilles s’incurvent ou blanchissent au centre, c’est un excès
  • descendez-la si les tiges recommencent à s’allonger
  • nettoyez la vitre en novembre, une vitre sale mange 10 à 15 % de la lumière

Le pot du supermarché est un piège

Le godet vendu en rayon frais n’est pas un pied de basilic, c’est un semis très dense, souvent quinze à vingt plantules serrées dans dix centimètres de tourbe. Poussées en serre chauffée et éclairée, elles sont faites pour être consommées tout de suite, et se font ensuite concurrence jusqu’à l’effondrement en huit ou dix jours.

Si vous partez de là, dépotez sans attendre, séparez la motte en trois ou quatre paquets de racines en tirant doucement, et rempotez chacun à part. Vous en perdrez peut-être un tiers, mais le reste aura de la place. C’est la seule manière que je connaisse de le faire durer au-delà de quinze jours.

Le bon pot et le bon substrat

Un basilic d’hiver demande plus de terre qu’on ne l’imagine. En dessous de deux litres, le substrat sèche en une journée près d’un radiateur et les racines encaissent des à-coups permanents. Je pars sur deux à trois litres, terre cuite ou plastique peu importe, avec de vrais trous de drainage et une soucoupe que je vide.

Pour le mélange, un terreau de rempotage allégé d’une poignée de perlite, et surtout pas de terre de jardin qui se compacte en pot. Aucun engrais avant six semaines. Ensuite un engrais liquide dilué à la moitié de la dose, toutes les trois semaines, et uniquement si la plante est réellement éclairée : nourrir une plante qui manque de lumière la fait seulement filer.

Arroser deux fois moins qu’en été

L’excès d’eau est la deuxième cause de perte, loin derrière le manque de lumière. En hiver la plante consomme peu et un terreau détrempé à 19 °C tourne vite à la pourriture du collet : la tige brunit à ras du sol et le pied s’affaisse d’un coup, souvent en une nuit.

Ma méthode est simple : j’enfonce le doigt sur deux centimètres et je n’arrose que si c’est sec. En pratique, un arrosage tous les cinq à sept jours contre tous les deux jours en juillet. J’utilise de l’eau à température de la pièce, jamais froide au robinet, le matin de préférence, et je vide la soucoupe un quart d’heure après.

La vitre froide et le radiateur

Une feuille collée au vitrage par une nuit à moins deux dehors peut descendre à 6 ou 7 °C alors que la pièce est à 20. Le matin, vous trouvez des taches translucides puis noires du côté de la vitre. Il suffit d’écarter le pot de cinq à dix centimètres, ou de glisser un carton entre les deux la nuit.

Le rebord juste au-dessus d’un radiateur est le piège symétrique. L’air y monte à 26 ou 28 °C, très sec, et le terreau passe de mouillé à poussière en une journée. Si c’est votre seule fenêtre lumineuse, posez le pot sur une planche épaisse ou un tapis de liège et éloignez-le de vingt centimètres du bord.

Les araignées rouges arrivent avec le chauffage

Chaque hiver, les acariens s’installent dès que l’air descend sous 40 % d’humidité. On les repère à un piqueté clair très fin sur le dessus des feuilles et, plus tard, à de minuscules toiles à l’aisselle des tiges. Ils se multiplient d’autant plus vite qu’il fait chaud et sec.

La parade est mécanique. Je passe le feuillage sous un filet d’eau tiède, dessus et surtout dessous, une fois par semaine, puis je laisse sécher dans un endroit aéré. Une coupelle d’eau à côté du pot aide, sans que le pot y baigne. Les moucherons de terreau, eux, signalent presque toujours un arrosage trop généreux.

Bouturer en septembre plutôt que semer en janvier

Semer du basilic en janvier sur un rebord de fenêtre marche mal : la germination réclame 20 à 25 °C, et les plantules qui lèvent s’étiolent en quelques jours faute de lumière. Je fais l’inverse : début septembre, je prélève sur mes pieds de plein air des boutures de dix centimètres, prises sous une paire de feuilles et effeuillées sur la moitié basse.

Elles racinent dans un verre d’eau en huit à douze jours, à condition de changer l’eau tous les deux jours. Je les rempote quand les racines font deux ou trois centimètres, pas plus tard, sinon la reprise en terre est mauvaise. Un pied bouturé en septembre entre dans l’hiver avec un système racinaire installé, ce qui change tout.

Récolter avec parcimonie

Un basilic d’hiver n’est pas un basilic d’été. Je ne prélève jamais plus d’un quart du feuillage à la fois, et je coupe au-dessus d’une paire de feuilles pour que la plante reparte en deux tiges. Si le pied fait mine de fleurir, je pince les boutons tout de suite : monté, il durcit et son parfum tombe.

Avec une lampe et un pot correct, je tiens deux plants de novembre à avril, de quoi parfumer une salade chaque semaine. Sans lampe, j’assume : je fais durer le basilic jusqu’à la Toussaint, je congèle le reste en purée avec un filet d’huile, et je resème en avril. C’est plus honnête que de regarder mourir un pied pendant trois mois.

Le conseil de Sophie. Posez la main entre la plante et la fenêtre à midi en décembre et regardez si vous voyez une ombre nette. Sans ombre nette, il faut une lampe, sinon ce n’est pas la peine de commencer.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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