Balcon plein sud : les 7 plantes qui supportent la fournaise

Balcon plein sud : les 7 plantes qui supportent la fournaise

Un balcon plein sud, ce n’est pas simplement un balcon ensoleillé. C’est un four à convection avec un mur qui renvoie la chaleur, une dalle qui la stocke et des pots qui montent à des températures qu’aucune racine ne rencontre en pleine terre. Beaucoup de plantes vendues comme résistantes au soleil n’y tiennent pas trois semaines en août, et ce n’est pas parce qu’on les arrose mal.

Ce que subit vraiment un balcon plein sud

J’ai posé une sonde dans un pot noir de 30 centimètres, en plein soleil, un après-midi de juillet. L’air était à 32 degrés et le substrat, du côté exposé, à 46. Les racines fines meurent au-delà de 40 degrés environ : la moitié de la motte est donc détruite en quelques heures, reconstituée la nuit, puis détruite le lendemain.

S’ajoute la réverbération. Un mur peint en blanc renvoie une grande partie du rayonnement et double presque l’exposition réelle des feuilles placées devant lui ; un garde-corps en verre fait pire. C’est pourquoi une plante qui prospère en plein champ peut griller sur un balcon à nombre d’heures d’ensoleillement égal. Ce n’est ni la même lumière ni la même température de motte.

Le pot compte plus que la plante

Avant de changer d’espèce, changez de contenant. Un pot clair garde sa motte dix à quinze degrés plus fraîche qu’un pot noir dans les mêmes conditions, ce qui fait toute la différence entre des racines vivantes et des racines cuites. La terre cuite non émaillée refroidit encore par évaporation à travers la paroi, au prix d’un arrosage plus fréquent.

La deuxième astuce, c’est le double pot. Glissez le pot de culture dans un contenant plus grand et comblez les deux ou trois centimètres d’écart avec de la pouzzolane ou du sable. Cette lame isolante protège la motte du rayonnement direct et amortit les écarts. Sur mes potées les plus exposées, c’est l’aménagement qui a eu l’effet le plus visible.

Lavande et romarin : le duo de base

La lavande, et surtout le lavandin plus robuste en pot, encaisse le plein sud à trois conditions : un substrat très drainant avec au moins un tiers de sable grossier, aucun engrais, aucun excès d’eau. Elle meurt plus souvent de trop d’attention que de sécheresse. Une taille juste après la floraison, sur un tiers de la pousse de l’année sans jamais entamer le vieux bois, la garde compacte dix ans.

Le romarin fonctionne de la même façon avec l’avantage d’être utile en cuisine toute l’année. Les formes rampantes retombent d’une jardinière haute, les formes dressées apportent une petite structure verticale. Dans les deux cas le drainage prime : je perce un trou supplémentaire dans le fond du pot plutôt que de risquer une motte détrempée en hiver, saison bien plus meurtrière pour lui que l’été.

Gaura et verveine de Buenos Aires : la légèreté

La gaura apporte ce qui manque souvent aux potées de plein soleil, un mouvement aérien. Elle forme une touffe souple de 60 à 90 centimètres et produit ses petites fleurs en papillon de mai jusqu’aux gelées sans qu’on retire une seule fleur fanée. Elle demande un pot d’au moins 15 litres à cause de sa racine pivotante, et se rabat court en fin d’hiver.

La verveine de Buenos Aires monte à plus d’un mètre sur des tiges fines et carrées, avec des bouquets mauves qui attirent les papillons de façon spectaculaire. Très résistante à la sécheresse une fois installée, elle se ressème seule et sa transparence permet de la placer devant d’autres plantes sans les cacher. Sur un balcon venteux, elle a besoin d’un tuteur discret la première année.

Lantana et gazania : la couleur qui ne fane pas

Le lantana est probablement la plante la plus solide que je connaisse en potée de plein sud. Il fleurit sans interruption de juin à novembre, ses bouquets changent de couleur en vieillissant, et il tolère des oublis d’arrosage qui tueraient un pétunia. Son seul défaut est sa frilosité : en dessous de moins deux degrés, il faut le rentrer dans une pièce fraîche et lumineuse.

Le gazania ouvre ses grandes fleurs en marguerite dès que le soleil frappe et les referme le soir ou par temps couvert, ce qui déroute les acheteurs mais correspond à son fonctionnement normal. Il se contente d’un pot peu profond et n’a besoin d’aucun engrais. Trop nourri, il fait des feuilles et pas de fleurs, ce qui est le reproche qu’on lui adresse à tort.

Sedum et agapanthe : les réservoirs

Les sedums stockent l’eau dans leurs feuilles charnues et se moquent d’une semaine sans arrosage. Les grandes variétés dressées, qui montent à 50 centimètres et fleurissent en larges corymbes rose cuivré à la fin de l’été, prennent le relais quand les annuelles fatiguent. Leurs tiges sèches restent décoratives tout l’hiver, ce qui évite un pot vide de novembre à mars.

L’agapanthe se plaît en pot serré et fleurit d’autant mieux que ses racines sont à l’étroit, ce qui tombe bien sur un balcon. Elle demande un arrosage régulier au printemps pendant la montée des hampes, puis beaucoup moins ensuite. Les variétés à feuillage caduc sont nettement plus rustiques que les persistantes : sur un balcon exposé au gel, c’est vers celles-là qu’il faut aller.

Les sept, en résumé

Si je devais reconstituer une collection de zéro pour un balcon plein sud, je prendrais ces sept-là, qui couvrent la saison de mai à novembre et ne demandent presque aucune intervention.

  • Un lavandin en pot de terre cuite de 30 centimètres, taillé chaque juillet.
  • Un romarin rampant sur une jardinière haute, pour la retombée et la cuisine.
  • Une gaura blanche ou rose en pot de 15 litres, pour le mouvement.
  • Une verveine de Buenos Aires en fond de composition, qui se ressèmera seule.
  • Deux lantanas de couleurs différentes, en potées séparées faciles à rentrer.
  • Un sedum d’automne, qui assure la fin de saison et l’aspect hivernal.
  • Une agapanthe en pot serré, arrosée au printemps et oubliée ensuite.

Arroser : quand, et la légende de la goutte-loupe

On répète qu’il ne faut jamais arroser en plein soleil parce que les gouttes feraient loupe et brûleraient les feuilles. Sur la grande majorité des plantes de balcon, c’est faux : le phénomène ne se produit que sur des feuillages très velus qui tiennent la goutte à distance du limbe, et l’effet reste marginal. La vraie raison d’arroser tôt le matin ou le soir, c’est qu’une bonne part de l’eau s’évapore avant d’atteindre les racines.

Il existe cependant un risque réel dont on parle peu : le choc thermique. Verser de l’eau froide sur une motte à 45 degrés stresse les racines et peut provoquer une chute de feuilles dans les jours qui suivent. Si vous devez sauver une plante flétrie en pleine canicule, faites-le à l’eau tempérée, en laissant l’arrosoir un quart d’heure à l’ombre, et à petites doses successives.

Ce que je ne mets plus au sud

J’ai renoncé aux hortensias, aux fuchsias et aux impatiens classiques, qui grillent malgré deux arrosages quotidiens. J’ai aussi renoncé aux cactées de jardinerie : beaucoup ont été élevées sous serre ombrée et se marquent définitivement de taches liégeuses lors de leur première vraie exposition au soleil direct, faute d’acclimatation progressive sur deux ou trois semaines.

Enfin, j’ai supprimé toutes les soucoupes en été. Une soucoupe pleine sous un pot en plein sud transforme l’eau en bouillon tiède, attire les moucherons et fait pourrir les racines du fond pendant que le haut de la motte cuit. Si vous partez quelques jours, préférez un pot à réserve d’eau conçu pour ça, où la réserve est isolée du substrat par une mèche.

Le conseil de Sophie. Posez la main sur le pot un après-midi de juillet : s’il est trop chaud pour l’y laisser, vos racines cuisent, et changer de pot vous fera gagner plus que changer de plante.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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