Il y a une plante que je remets tous les ans sans jamais y réfléchir, c’est le bacopa blanc. Il fleurit du mois de mai jusqu’à la première vraie gelée, il ne demande aucun nettoyage, et il fait la liaison entre toutes les couleurs d’une jardinière. Il a un défaut, un seul, mais il est catégorique : il ne pardonne pas d’avoir soif.
Une plante mal nommée
Ce qu’on vend sous le nom de bacopa n’est pas un bacopa au sens botanique. C’est Chaenostoma cordatum, longtemps appelé Sutera cordata, une plante rampante originaire d’Afrique du Sud. Le vrai genre Bacopa regroupe des plantes aquatiques d’aquarium, qui n’ont rien à voir et qu’on ne met pas en jardinière.
La confusion est sans conséquence à l’achat, mais elle explique les informations contradictoires qu’on trouve : les besoins d’une plante d’aquarium et ceux d’une retombante de balcon n’ont évidemment aucun rapport. Retenez simplement que le bacopa des jardineries est une plante de terrain frais et drainé, pas une plante d’eau.
À quoi elle ressemble en fin de saison
Un pied planté en mai retombe de quarante à soixante centimètres en septembre, avec des tiges fines couvertes de petites feuilles dentées et de fleurs de un centimètre à cinq pétales. La floraison est continue, sans à-coup, sans pause estivale marquée comme chez le lobélia. C’est sa grande qualité.
Le blanc pur reste le plus vigoureux et le plus florifère. Les variétés roses, lavande ou bleutées sont plus récentes, souvent un peu moins vigoureuses, et leur couleur se délave au plein soleil. Il existe aussi des formes à grandes fleurs, plus spectaculaires de près mais moins denses de loin. Pour une jardinière vue à trois mètres, le blanc classique reste imbattable.
Sa seule vraie exigence : ne jamais sécher
Le bacopa n’a aucune tolérance au manque d’eau. Une seule journée de terre sèche en juillet et vous perdez la floraison pour trois à quatre semaines, parfois davantage. Les tiges déjà formées se dégarnissent en partant du centre, et ces segments-là ne refleurissent jamais : la plante repart des extrémités seulement.
C’est très différent d’un géranium qui repart comme si de rien n’était. Le bacopa garde la trace de l’accident jusqu’à la fin de la saison, sous forme de tiges nues à la base. Ce n’est donc pas une plante pour un balcon qu’on arrose quand on y pense, ni pour quelqu’un qui s’absente une semaine en août sans solution de secours.
Le pot et le substrat qui vont avec
Puisque tout se joue sur la régularité de l’humidité, c’est le contenant qu’il faut choisir en conséquence, plutôt que de compter sur sa propre discipline. Un grand volume de terre est le meilleur amortisseur qui existe, et il ne coûte rien à l’usage.
- Vingt-cinq centimètres de diamètre minimum, trente si le pot est en plein soleil.
- Plastique ou résine plutôt que terre cuite, qui sèche par les parois.
- Terreau de qualité additionné de 10 à 20 % de compost mûr, qui retient mieux l’eau qu’un terreau seul.
- Deux à trois centimètres de paillis fin en surface dès le mois de juin.
- Pas de soucoupe pleine en permanence : le bacopa veut frais, pas noyé.
Combien de soleil
Il accepte le plein soleil au nord de la Loire à condition que l’eau suive, et il donne alors sa floraison la plus dense. En exposition brûlante, façade ouest ou plein sud dans le sud du pays, il vaut mieux lui donner le soleil du matin et de l’ombre après quatorze heures : la floraison sera légèrement moins fournie mais bien plus régulière.
Au mi-ombre franc, il fleurit encore, ce qui est rare et précieux pour une retombante. Comptez toutefois une densité de fleurs réduite de moitié et des tiges un peu plus longues. En dessous de trois heures de soleil par jour, il végète sans mourir, et l’effet nappe ne se produit pas.
Le jaunissement entre les nervures
C’est le problème le plus fréquent après la sécheresse, et il est presque toujours mal diagnostiqué. Les feuilles jaunissent en gardant des nervures bien vertes, d’abord sur les jeunes pousses. Ce n’est pas un manque d’engrais général, c’est une carence en fer, provoquée par une eau et un substrat trop calcaires.
Le bacopa préfère un pH légèrement acide, autour de 5,8 à 6,5. Avec une eau dure, le pH du terreau monte au fil des arrosages et le fer devient inassimilable même s’il est présent. La solution est un apport de chélate de fer, dont l’effet est visible en huit à dix jours, et si possible de l’eau de pluie pour un arrosage sur deux.
Nourrir en continu
Une floraison ininterrompue de mai à novembre suppose un apport régulier. Le terreau neuf tient six semaines environ ; ensuite, sans engrais, les fleurs se raréfient franchement et les feuilles pâlissent. Un liquide pour plantes fleuries tous les dix jours à quinze jours suffit largement, à la dose du fabricant, jamais au-delà.
J’incorpore en plus un engrais à libération lente à la plantation, ce qui couvre le gros de la saison et rattrape les semaines où j’oublie. Attention aux formules très azotées, qui donnent de longues tiges vertes peu fleuries. Le rapport qui fonctionne le mieux chez moi est un engrais un peu plus riche en potasse qu’en azote.
Comment il se comporte sous la pluie
C’est l’autre bonne surprise. Ses petites fleurs ne retiennent pas l’eau et ne se transforment pas en bouillie collante comme celles des grands pétunias. Après trois jours d’orages, une potée de bacopa a simplement l’air un peu lavée, et elle repart dès le retour du soleil sans qu’on ait à retirer quoi que ce soit.
Le seul risque des périodes pluvieuses est l’asphyxie racinaire, si le pot ne draine pas correctement. Vérifiez que les trous ne sont pas bouchés et surélevez les pots sur des cales pendant les semaines humides. Une plante qui jaunit uniformément et se ramollit après une semaine de pluie souffre des racines, pas du feuillage.
Jusqu’où va-t-il en automne
Il fleurit tant qu’il ne gèle pas et supporte des nuits à 2 ou 3 °C sans broncher. La première gelée blanche marque des taches translucides sur le feuillage, et un vrai gel à -2 °C le détruit. En Anjou, mes bacopas tiennent en général jusqu’à la mi-novembre, bien après les pétunias.
On peut hiverner un pied en véranda hors gel, arrosé très parcimonieusement, et le rabattre de moitié en février. Ça marche, mais le plant repart lentement et n’atteint jamais la densité d’un jeune sujet. Je préfère prélever des boutures de dix centimètres fin août : elles s’enracinent en deux à trois semaines dans un mélange sableux à l’ombre.
Où le placer dans la jardinière
Toujours en bordure, jamais au centre : il retombe et n’occupe presque aucun volume vertical, donc il ne gêne personne. Je le place devant les plantes dressées, et surtout à côté des couleurs vives qu’il apaise. Le blanc fait le lien entre un rouge et un violet qui, seuls, se disputeraient.
Il s’associe très bien avec le lobélia, la verveine, les calibrachoas et les fuchsias nains, qui demandent tous une humidité comparable. Évitez de le mettre dans le même contenant qu’une plante qui veut sécher entre deux arrosages : dans un pot commun, c’est toujours le bacopa qui trinque en premier.
Le conseil de Sophie. Mettez le pot de bacopa au bout de la rangée, du côté où vous commencez votre tour d’arrosage : c’est la plante qui a le plus à perdre d’être oubliée, autant qu’elle soit servie en premier.

