Aromatiques qui font fuir les mouches de la cuisine : les 4 efficaces

Aromatiques qui font fuir les mouches de la cuisine : les 4 efficaces

Chaque été, ma cuisine reçoit des mouches par la porte du jardin, et chaque été on me demande quelle plante il faut mettre sur le rebord pour les faire fuir. J’ai testé sérieusement, sur trois saisons, en notant ce qui changeait vraiment. La réponse honnête est décevante et intéressante à la fois : quatre plantes ont un effet mesurable, mais pas dans les conditions qu’on croit.

Ce que les plantes émettent, et quand

Une aromatique ne diffuse pas ses composés volatils en permanence. Ces molécules sont stockées dans des poches ou des poils glandulaires situés à la surface des feuilles, et elles ne sont libérées en quantité que lorsque ces structures sont rompues : par le frottement, par le vent fort, par la chaleur ou par un coup d’ongle. Une feuille de menthe intacte sur un rebord de fenêtre ne diffuse presque rien.

C’est toute la différence entre une étude de laboratoire et votre cuisine. Les travaux qui montrent un effet répulsif sur la mouche domestique utilisent presque toujours l’huile essentielle, c’est-à-dire une concentration cent à mille fois supérieure à ce que dégage une plante posée là. Le pot n’est pas inutile, mais il travaille à une fraction de sa puissance théorique tant que vous n’y touchez pas.

Le basilic, le plus régulier des quatre

Le basilic est celui sur lequel les résultats sont les plus constants, et c’est aussi celui qui a le mieux fonctionné chez moi. Il doit son effet à l’estragole, à l’eugénol et au linalol, trois composés que les mouches évitent. Un pied bien fourni, posé à quarante centimètres de la corbeille à fruits, réduit visiblement le nombre de mouches qui s’y posent.

La condition, c’est la biomasse. Un petit pot de supermarché avec quinze feuilles ne fait rien du tout. Il faut un pied conduit correctement, pincé régulièrement au-dessus d’une paire de feuilles pour qu’il se ramifie, et qui atteint trente centimètres de large. J’en ai deux dans la cuisine en juillet, et je les frotte de la main chaque fois que je passe devant, ce qui relance la diffusion pour vingt minutes environ.

La menthe poivrée, la plus puissante par le froissement

La menthe poivrée est la championne du geste. Son menthol est un répulsif d’insectes documenté, et un simple froissement de trois feuilles dans la paume suffit à parfumer un mètre cube. Sur le plan de travail, à côté de l’endroit où je pose les fruits, elle fait vraiment son travail, à condition d’accepter de la manipuler plusieurs fois par jour.

Sa faiblesse est ailleurs : en pot d’intérieur, elle file, s’étiole et perd la moitié de ses huiles au bout de six semaines si elle n’a pas assez de lumière. Je préfère donc la cultiver dehors et rentrer une poignée de tiges coupées dans un verre d’eau sur le plan de travail. Les tiges tiennent une semaine, elles restent odorantes, et on peut les froisser sans abîmer la plante mère.

Le laurier-sauce, celui qu’on sous-estime

C’est la surprise de mes essais. Le laurier-sauce contient du cinéole et de l’eugénol en concentration élevée, et la feuille sèche en libère davantage que la feuille fraîche parce que ses tissus se fissurent en séchant. Deux ou trois feuilles sèches froissées et posées dans une coupelle près de la fenêtre gardent leur effet une bonne dizaine de jours.

En pot, l’arbuste demande de la place et pousse lentement, ce qui le rend peu pratique en cuisine. Je le cultive donc dehors dans un bac de quarante litres et je récolte des feuilles au fur et à mesure. Le rapport effort-résultat est le meilleur des quatre, parce qu’il n’y a rien à entretenir en intérieur : juste une coupelle à renouveler tous les quinze jours.

La lavande, efficace mais mal utilisée

La lavande fonctionne, mais pas comme plante d’appui de fenêtre. Son linalol et son acétate de linalyle sont répulsifs pour plusieurs diptères, sauf qu’un pied de lavande a besoin de six heures de soleil direct et d’un substrat très drainant pour produire ces molécules. En cuisine, à l’ombre relative d’une pièce, il fabrique des feuilles molles et presque inodores en quelques semaines.

La bonne façon de l’employer, c’est en bouquet sec. Je récolte les hampes juste avant l’ouverture complète des fleurs, je les fais sécher tête en bas dans un endroit sombre pendant dix jours, et j’en accroche deux bouquets dans la cuisine. Ils restent actifs environ deux mois, après quoi il faut les rouler entre les mains pour réveiller ce qui reste, ou les remplacer.

Ce qui ne marche pas, malgré la réputation

Autant le dire clairement, parce que ces conseils circulent en boucle et font perdre du temps et de l’argent.

  • Le géranium odorant sur le rebord : bon contre certains moustiques quand on froisse ses feuilles, sans effet notable sur les mouches domestiques
  • La citronnelle en pot : la vraie citronnelle tropicale est difficile en intérieur, et le citronnellol qu’elle contient vise surtout les moustiques
  • Les clous de girofle piqués dans un demi-citron : joli, odorant, mais l’effet retombe en deux jours et ne couvre qu’un rayon de vingt centimètres
  • Le vinaigre blanc en coupelle ouverte : il attire les drosophiles au lieu de les repousser, ce qui est exactement l’inverse du but recherché

Mouche domestique et moucheron, deux problèmes distincts

On mélange souvent les deux, et c’est la source de la plupart des échecs. La grosse mouche qui entre par la porte est une mouche domestique : elle vient de l’extérieur, elle est attirée par les odeurs de protéines et de sucre, et elle repart. Le minuscule moucheron qui tourne autour de la corbeille est une drosophile : elle est née sur place, dans un fruit trop mûr ou un fond de bouteille.

Contre la drosophile, aucune plante ne servira jamais à grand-chose, parce que la population se renouvelle sur la source elle-même. La seule méthode qui fonctionne consiste à supprimer le milieu de ponte et à poser un piège : un verre avec deux centimètres de vinaigre de cidre, une goutte de liquide vaisselle pour casser la tension de surface, et un film plastique percé de trous d’épingle. Ça vide une cuisine en quarante-huit heures.

L’ordre des priorités que j’applique

Les plantes viennent en troisième position, jamais en première, et c’est le point qui compte le plus dans cet article. Le premier levier est la source : poubelle fermée et vidée quotidiennement en été, fruits mûrs au réfrigérateur, gamelle du chat lavée après chaque repas, siphon d’évier rincé à l’eau très chaude une fois par semaine. Sans ça, vous pouvez aligner quinze pots de basilic sans rien changer.

Le deuxième levier est mécanique : une moustiquaire sur la fenêtre la plus utilisée règle le problème à quatre-vingts pour cent pour trente euros. Les aromatiques arrivent ensuite, en appoint, pour réduire le passage sur les zones précises qu’on ne peut pas fermer, comme un plan de travail près d’une porte de jardin ouverte en permanence. Vues comme un appoint, elles tiennent leurs promesses. Vues comme une solution, elles décevront systématiquement.

Mon dispositif d’été, en pratique

Voilà ce qui tourne chez moi de juin à septembre, et je n’ai pas changé depuis deux ans. Un gros pied de basilic dans un pot de cinq litres à l’angle du plan de travail, à côté de la corbeille. Un verre de tiges de menthe poivrée renouvelé le dimanche. Une coupelle de trois feuilles de laurier sèches sur l’appui de fenêtre. Deux bouquets de lavande sèche accrochés à la crémaillère.

Le tout m’a coûté un pot de basilic et rien d’autre, puisque le reste vient du jardin. Ça ne rend pas la cuisine hermétique, il y a toujours deux ou trois mouches qui entrent quand la porte reste ouverte. Mais elles ne s’installent pas, et c’est la seule chose que j’attendais.

Le conseil de Sophie. Frottez vos aromatiques en passant, systématiquement, comme un réflexe : une plante qu’on ne touche jamais est un objet décoratif, et c’est précisément ce qui fait dire à tout le monde que ces astuces ne marchent pas.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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